Eveil Evolution - Vie Eveillée et Spirituelle
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Maura R. O’Connor - Une nouvelle libération des femmes - [Visionneuse]
Quatre femmes d'EnlightenNext partage leur expérience d'une sororité évolutionnaire radicale.
Plus 10 défis pour une femme libérée.
Un nouveau mouvement DE LIBÉRATION DES FEMMES QUATRE FEMMES D’ENLIGHTENNEXT PARTAGENT LEUR EXPÉRIENCE D‘UNE SORORITÉ ÉVOLUTIONNAIRE RADICALE. DEUX EXPÉRIMENTATIONS DE CHANGEMENT CULTUREL 32 éveil & évolution« Nous commençons enfin à explorer ce à quoi pourrait ressembler une conscience unifiée, indifférenciée et éveillée, exprimée à travers un groupe de femmes » Ellen Daly S i vous lisez régulièrement Eveil & Evolution peut- être connaissez-vous un peu Andrew Cohen, et avez entendu parler d’EnlightenNext. A. Cohen est le fondateur de Eveil & Evolution et apparaît régulière- ment dans ces pages, à la fois en dialogue avec Ken Wilber dans « Le Sage et l’Erudit » et dans sa propre rubrique « L’Éveil au 21e siècle ». Ce que vous ne savez pas encore néces- sairement c’est que Eveil & Evolution n’est que l’une des nom- breuses initiatives prises par Andrew Cohen pour poursuivre son objectif de développement d’un nouveau niveau de conscience au-delà de l’ego, ce qui est le but de son enseignement de l’Éveil Évolutif. En tant que responsable d’EnlightenNext, il est le leader spirituel d’une communauté internationale d’étudiants qui cher- chent à transformer leur vie, individuelle et collective, afin de créer un nouveau modèle de culture humaine. L’exploration et la création d’un nouveau mouvement de libération des femmes fait partie intégrante de cette vision. Pendant douze ans, A. Cohen a travaillé étroitement avec un groupe d’étudiantes pour découvrir comment une véritable autonomie, une communion authentique et la liberté spirituelle pouvaient être réalisées et stabilisées par un groupe de femmes. Comme l’explique une de ses étudiantes : « Nous faisons l’ex- périence d’être ensemble d’une façon plus élevée, libérées des structures de compétition et de méfiance, simplement parce que nous sommes toutes indépendamment intéressées par un même but : la communion au-delà de l’ego. C’est comme si étaient transcendés toutes les limites, les paramètres et restrictions, tous nos codes de conduite et les limitations qui nous viennent de nos idées profondément ancrées de ce qu‘une femme devrait être et de la façon dont elle devrait se comporter. À la place, il y a cette joie qui surgit. C’est comme si nous libérions le Soi et nos âmes de notre identité de Femme ». Dans l’histoire de toutes les grandes religions du monde, il y a eu des femmes et des groupes de femmes, en Orient comme en Occident, qui ont suivi le chemin de l’éveil ou cherché la commu- nion avec Dieu, créant pour elles-mêmes des rôles importants dans leurs traditions respectives – même si ces rôles n’attei- gnaient pas toujours une égalité véritable avec les hommes. Ce qui distingue peut-être le groupe de femmes d’EnlightenNext est que leur travail semble construire un pont entre cette ancienne tra- dition de femmes à la recherche d’une conscience éveillée et les mouvements féministes de la deuxième moitié du siècle dernier, qui portaient leur attention sur les structures sociales et psycho- logiques que les femmes doivent dépasser pour atteindre l’égalité et la liberté. De plus, les femmes d’EnlightenNext rappellent l’importance de regarder vers le futur pour y trouver des réponses et des solutions nouvelles, ce qui est remarquable en soi car dans l’esprit de notre époque, la spiritualité féminine est plus tournée vers une conception passée de la femme comme étant mère nour- ricière, porteuses de soins, déesse ou mère divine. Les histoires personnelles des femmes d’EnlightenNext traversent les continents, les cultures et même les décennies. Alka Arora, mariée à Andrew Cohen depuis 21 ans, est née et a grandi en Inde ; elle pratique la spiritualité depuis 29 ans. Ellen Daly fait partie d’EnlightenNext depuis 11 ans ; elle est con- seillère littéraire et écrivain. Rosalind Bennett, à l’origine actrice de cinéma et de théâtre en Grande-Bretagne, est maintenant responsable de la production audio-visuelle d’EnlightenNext, et développe en parallèle, avec Katherine Miller, des séminaires et programmes concernant le nouveau mouvement de libéra- tion des femmes. K. Miller, élève de A. Cohen depuis 16 ans, est une instructrice confirmée des cours d’Éveil Évolutif ainsi qu’un « chef » végétarien émérite. Ces quatre-là, avec d’autres femmes tout aussi engagées, sont devenues, comme elles le décrivent elles-mêmes, des sœurs, liées par la force de leur intention de « créer une nouvelle culture entre nous », comme me l’a dit Daly, « une culture où les femmes sont des individus autonomes et en même temps unies l’une à l’autre dans une sororité. Nous croyons toutes que c’est ce qu’il faut pour que les femmes devien- nent des partenaires à égalité avec les hommes dans la création du futur». Cette expérience radicale est continue, en partie parce que chacune de ces femmes a choisi volontairement de faire de sa vie un témoignage de son succès. En d’autres termes, leur objec- tif n’est pas de faire en deux ans un rapport circonstancié puis de passer à autre chose ; en fait, pour elles, il n’y a pas de fin en vue. « Tel que je vois les choses », dit Miller, « c’est un vrai travail d’arriver à transcender l’ancien pour créer le nouveau, et une fois un nouveau niveau atteint par les femmes, il faudra œuvrer pour aller vers un autre. Je ne pense plus à l’évolution de la conscience des femmes comme à un but fixe. Je la vois comme une noble aventure, mais nous ne savons ni où ni quand elle se conclura ». Le chemin a souvent représenté un défi, à la fois pour A. Cohen en tant qu’enseignant spirituel déterminé à motiver ses élèves pour atteindre un nouveau niveau de libération collective, et pour les élèves elles-mêmes. Dans l’interview qui suit, ces quatre femmes résolues parlent de la terreur qu’elles ont res- senties dans leurs efforts à laisser tomber l’ancien pour faire place au nouveau. « Pour nous, réussir dans notre effort pour établir un état sans ego et une communion entre nous », dit Alka, « et pas simplement de les établir comme une expérience fugace mais réellement de créer un nouveau fondement sur lequel les femmes puissent se tenir, a été une rude épreuve. 33 numéro cinqCela a pris beaucoup de temps. Je pense que cela révèle à quel point les structures du conditionnement féminin sont profondé- ment ancrées. Et évoque l’immensité de cette tâche ». Ces difficultés évoquent aussi cette réalité qu’il y a peu de précédents historiques à leurs efforts. En 1986, l’éminente histo- rienne Gerda Lerner publia The Creation of Patriarchy (La Création du Patriarcat) qui propose que les femmes oublient de chercher la source de leur émancipation dans un passé matriarcal et reconnaissent que dans l’ensemble elles n’ont pas ou très peu d’expérience regardant l‘élaboration consciente de l’Histoire. « Si enregistrer, définir et interpréter le passé marque l’entrée de l’homme dans l’Histoire », écrit-elle, « cela s’est produit, pour les hommes, 3000 ans avant Jésus Christ. Pour les femmes, (et très peu) il a fallu attendre le 19e siècle, à quelques notables excep- tions près. » G. Lerner croit que cette absence de toute tradition quelle qu’elle soit, de quelque époque que ce soit, qui pourrait « réaffirmer l’indépendance et l’autonomie des femmes » est le plus grand obstacle « au développement d’une conscience de groupe » de femmes. « Alignées sur le conditionnement histori- que de notre sexe, les femmes ont cherché à plaire et à éviter la désapprobation. C’est une bien faible préparation pour faire un saut dans l’inconnu comme il est demandé à ceux et celles qui veulent créer de nouveaux systèmes. » Mais si E. Daly avait raison quand elle me disait que les fem- mes d’EnlightenNext « commencent enfin à explorer ce à quoi ressemblerait une conscience unifiée, indifférenciée et éveillée exprimée par un groupe de femmes », est-il alors possible qu’un « nouveau système » – le nouveau chapitre de l’Histoire des femmes que G. Lerner voyait comme « un fondement essentiel sur lequel des femmes visionnaires pourraient se tenir » – soit en gestation ? Une telle ambition peut sembler trop audacieuse, et même présomptueuse, mais il y a quelque chose d’indénia- blement excitant à prendre cette possibilité au sérieux. Comme G. Lerner l’a elle-même écrit, il y a plus de 20 ans : « Le plus grand défi pour les femmes pensantes est peut-être celui de passer du désir de sécurité et d’approbation à la qualité la moins « féminine » qui soit – celle de l’arrogance intellectuelle, la déme- sure suprême qui s’adjuge le droit de réorganiser le monde ». Maura R. O’Connor Eveil & Evolution: J’ai pensé que nous pourrions commencer par une question que l’on doit souvent vous poser : est-ce un problème d’explorer « la nouvelle libération des femmes » sous la direction d’un enseignant spirituel homme ? Ellen Daly : Pour moi, autrefois les théories de libération des femmes devaient venir des femmes parce qu’il s’agissait de femmes se libérant elles-mêmes des structures masculines, du système patriarcal, des hommes. La libération dont nous parlons n’a pas vraiment à voir avec cela. Il s’agit de nous libé- rer de structures internes qui ont à voir avec le fait d’être une femme. Pour cette raison, travailler avec un enseignant homme a été extrêmement bénéfique – quelqu’un de « l’extérieur » pour ainsi dire – qui a suffisamment d’objectivité pour reconnaître ces structures profondément impersonnelles qui sont en nous tou- tes, et parce que souvent il nous manque la capacité de nous en extraire suffisamment pour les reconnaître par nous-mêmes. Rosalind Bennett : Je ne pense pas que cela ait jamais été pro- blématique, et c’est largement dû au fait que, en tant que maî- tre, Andrew n’a jamais fait de distinction dans ses attentes entre ses étudiants hommes et femmes, en termes de niveau de res- ponsabilité ou de potentiel de conscience éveillée. De ce fait je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme lui qui ait une approche aussi égalitaire des deux sexes. E&E : En faisant des recherches sur votre passé pour cet article, ce qui m’a frappé c’est qu’aucune d’entre vous n’a d’abord été intéres- sée par la libération des femmes avant de devenir chercheuse spi- rituelle ; toutes vous étiez déjà des chercheuses spirituelles quand vous vous êtes intéressées à la libération des femmes. Alka Arora : C’est vrai. Il y a 21 ans lorsque je suis devenue étu- diante, j’étais d’abord intéressée par l’éveil. Je voulais faire l’ex- périence de la libération en tant que personne et non en tant que femme. Lorsque Andrew a commencé à enseigner à Rishikesh en Inde, tous ses étudiants ont rapidement été dans cet état d’être – c’est comme si nous étions dans un état prolongé de libération éveillée. Je n’avais jamais vécu quelque chose de semblable. C’était phénoménal. Nous réunir était une béatitude. Il y avait une joie entre nous qui traversait les murs. C’était une explosion de positivité et d’unité. Les gens voulaient juste être ensemble Rosalind Bennett, Alka Arora, Katherine Miller et Ellen Daly DEUX EXPÉRIMENTATIONS DE CHANGEMENT CULTUREL 34 éveil & évolution1 6 2 7 3 8 4 9 5 10 La mission des femmes d’EnlightenNext est de frayer les voies d’une nouvelle phase de la culture humaine en se transformant elles-mêmes et en transformant leurs relations. Pour que se produise un véritable changement culturel, les mécanismes de base définissant qui nous sommes et comment nous entrons en relations doivent évoluer. Si femmes et hommes sont devenus égaux devant la loi en Occident, nous sommes encore profondément conditionnés par d’anciens plans de survie, où les femmes sont subordonnées aux hommes et rivalisent entre elles pour obtenir l’attention et la protection des hommes. Afin de constituer une nouvelle base de relations humaines, les femmes d’Enli- ghtenNext, avec leur guide spirituel Andrew Cohen, se sont données pour tâche depuis une douzaine d’années de développer entre elles un champ de conscience éclairée, libérée, qui transcende les séparations créées par le conditionnement égoïque, individuellement et collec- tivement. Cette tâche est particulièrement ardue et délicate, mais elle est également exaltante. Les femmes engagées dans l’association EnlightenNext ont identifié dix défis – avec les idéaux, vers lesquels ils tendent – que doit relever une femme qui veut créer un avenir éclairé. défis à relever pour une femme libérée MAINTENIR UNE PERSPECTIVE D’ÉVOLUTION Elle s’efforce de vivre dans la connaissance que l’intelligence créatrice qui a généré l’univers n’est pas séparée de son moi véritable, le soi ultime. Elle sait qu’aucun aspect de son conditionnement – biologi- que, social, psychologique – ne lui est personnel, et que tous ces con- ditionnements font partie d’un processus évolutif universel. AVOIR CONFIANCE DANS LA VIE En lâchant prise, encore et encore, de son besoin de contrôle, elle a découvert le Fondement de l’Être, vide, qui demeure au tréfonds d’elle-même. Cette expérience directe la libère au niveau le plus pro- fond. Dans cette libération, elle trouve l’aisance d’être, et manifeste une innocence sans défense, elle exprime dignité et indépendance d’esprit. PRENDRE LA RESPONSABILITÉ DE L’ÉVOLUTION Sachant que tout le processus d’évolution est UN, elle s’efforce de prendre la responsabilité pleine et entière de l’évolution de sa propre conscience : elle réalise en effet que son propre développement fait avancer la ligne de front pour toutes les femmes. REALISER L’UNITÉ AVEC LES AUTRES FEMMES Elle se détend de plus en plus dans l’unité avec les autres femmes, car elle refuse d’agir à partir de la compulsion partagée par toutes de se séparer des autres femmes et d’être en compétition avec elles. Elle ne dénie pas que cette compulsion, qui dans le passé a été la clé de la survie pour les femmes, est encore à l’œuvre dans son psychisme, elle n’en a pas peur et ne s’en culpabilise pas, mais reste focalisée sur l’objectif de faire évoluer les relations entre femmes par la confiance, la transparence et la passion de créer le futur. ÊTRE ÉMOTIONELLEMENT RATIONNELLE Quelle que soit l’intensité d’une émotion, même envahissante, elle tient avant tout à l’objectivité et aspire à libérer sa capacité de choix afin de n’être plus prise au piège des peurs et des désirs enracinés en elle par les conditionnements biologiques et culturels. Elle développe la matu- rité émotionnelle de ne pas se dés-intégrer et de ne pas céder à des impulsions archaïques de survie lorsqu’elle se trouve sous pression. ELLE SE TIENT DANS SON AUTONOMIE SANS VACILLER Au lieu d’ajuster ses réactions à ce qu’elle croit être les besoins et deman- des des autres, elle cultive une autonomie radicale, fondée sur son aspi- ration à la libération et sa passion pour l’évolution de la conscience. Elle éprouve de plus en plus de répulsion envers les jeux de manipulation, et n’a d’autre souhait que d’être simple, droite et claire dans ses relations avec les autres. RENONCER AU POUVOIR SEXUEL Elle est lucide sur le fait qu’elle s’identifie profondément à son pouvoir sexuel et qu’elle en joue quasiment d’instinct pour obtenir ce qu’elle veut. Aspirant à se libérer de cette identification fondamentale, elle découvre que les relations sexuelles deviennent plus franches tout en cessant d’être une priorité et de représenter un emblème important de la réussite personnelle. Plus elle avance dans cette direction, et plus elle découvre une sorte d’intimité profonde avec les autres qui n’est absolument pas liée à la sexualité. CONDUIRE PAR L’EXEMPLE Laissant tomber les nombreux masques des faux-semblants et des images de soi, elle cherche à vivre une vulnérabilité et une authenticité rares qui ne sont pas émotionnelles, et viennent d’une absence de peur devant les impul- sions et les motivations que les femmes ressentent en elles. Elle découvre une assurance profonde qui n’est pas colorée de dureté mais se fonde sur la transparence et l’humilité. Elle accepte de se mettre en avant comme pion- nière, et elle n’abuse pas du pouvoir que confère la position de leader. ÊTRE DIGNE DE CONFIANCE Résistant à la tentation d’être malhonnête ou de manquer d’authenticité sous un examen rigoureux, elle veut agir avec intégrité de façon à ce que ses actes correspondent à ses paroles. Elle aspire à rester fidèle à son but le plus élevé, quelles que soient les épreuves personnelles rencontrées. REJETER LE STATUT DE VICTIME Elle reconnaît qu’elle a co-créé l’Histoire avec les hommes et qu’elle n’est donc pas victime de l’Histoire. Elle cherche à assumer la pleine responsa- bilité de ses choix, passés et présents. Aujourd’hui, elle se tient côte à côte avec les hommes, à égalité en tant que co-créatrice d’un avenir éclairé. 35 numéro cinqpour discuter et partager tout ce qu’ils découvraient à propos de cette liberté qu’ils vivaient. E. Daly : C’est vrai. Lorsque je suis allée à ma première retraite à 19 ans, il y avait une intimité entre tous les étudiants d’Andrew dont je n’avais jamais fait l’expérience. Et ce qui m’a le plus frap- pée était l’absence de toute tension sexuelle. Vous pouviez être avec des hommes et des femmes et il n’y avait pas toutes les dynamiques habituelles qui opèrent sous la surface. J’ai senti, en tant que femme, que je n’avais pas à m’inquiéter de ces questions comme à l’habitude – je pouvais enfin me détendre. C’était une vraie révélation. E&E : Alors en tant qu’étudiantes d’Andrew, comment est venue cette question d’une libération spécifiquement féminine ? E. Daly : Notre chemin de libération des femmes consiste entiè- rement à rendre permanente et stable cette expérience initiale de communion que nous avions entre nous. Chose intéressante, Andrew a rapidement remarqué que cet état de communion extatique émergeait de façon plus naturelle dans ses groupes d’étudiants hommes, mais lorsque les femmes étaient en groupe entre elles, cela ne se produisait jamais. E&E : Pourquoi a-t-il crée des groupes d’hommes et de femmes séparés ? Katherine Miller : Cela s’est passé de façon complètement orga- nique. Quand les hommes se réunissaient, ils ressentaient un tel niveau de confiance, d’unité et de plénitude que naturellement ils voulaient se retrouver de plus en plus entre eux. Et ils ont ainsi découvert que leur propre programmation biologique ou culturelle de dépendance envers les femmes pour avoir un degré de plénitude émotionnelle ou physique, perdait de sa force. Les hommes ont fait l’expérience d’un grand niveau de liberté, à la place d’un attachement à l’autre sexe qui les limite et dont ils sont souvent esclaves. R. Bennett : L’idée était que si les femmes pouvaient le faire aussi – trouver entre elles cette confiance, cette unité et plénitude qu’elles pensent normalement obtenir des hommes – alors les deux grou- pes pourraient se réunir d’une façon plus libre et éveillée. E. Daly : C’est aussi venu de cette reconnaissance que culturelle- ment, nous donnons trop de valeur spirituelle à « l’autre » dans notre vie. C’était mon expérience en grandissant. Je pensais que si je trouvais la relation amoureuse parfaite, je n’aurais pas seu- lement un compagnon physique ; j’allais aussi devenir entière, accomplie au niveau spirituel. Je pense que nous avons trans- posé sur la relation amoureuse romantique beaucoup de nos aspirations spirituelles, donnant ainsi une importance déme- surée à cette partie de notre vie. Il n’y a rien de mal à la relation amoureuse en soi, mais la promesse spirituelle illusoire qui y est attachée doit être transcendée si nous voulons vraiment être libres. Andrew sentait que la seule façon pour nous de briser notre attachement à cette idée d’un accomplissement à travers la relation avec un homme était de faire l’expérience d’une con- fiance réelle avec d’autres femmes. A. Arora : Et le problème était que les femmes ne pouvaient pas le faire ! Je me souviens de la première fois où Andrew l’a compris et nous a interrogées là-dessus. Il nous a dit lors d’une réunion : « Pourquoi est-ce qu’il s’avère si difficile pour vous d’être ensemble au-delà de l’ego ? » Ce dont je me souviens le plus c’est qu’à ce moment, à l’intérieur, il y avait quelque chose d’énorme qui montait en moi. Je ne savais pas ce que c’était mais plus tard j’ai reconnu que c’était de la peur. Une peur immense. Personne ne voulait répondre à sa question. Nous sommes restées figées sur place. Il y avait un mur de peur tangible dans la pièce ; et franchement pendant des années ce mur n’est pas tombé. Nous étions terrifiées à l’idée de découvrir pourquoi nous ne voulions pas nous unir en tant que femmes. R. Bennett : C’était le début d’une grande bataille. Le premier aspect de cette bataille concernait ce phénomène de peur de s’unir en tant que femmes. Le second était que nous n’étions même pas intéressées à découvrir ce qu’était ce phénomène de peur ! Nous avons passé des années à éviter la question, feignant de nous y intéresser et que nous étions donc de « bonnes » cher- cheuses spirituelles. Parce que nous l’évitions, il nous était presque impossible de commencer à explorer les structures de la psyché féminine que nous avions de toute évidence peur de révéler. E&E : Qu’avez-vous compris de ces structures rétrospectivement ? K. Miller : Je pense que ce sont des tendances féminines très classiques, de celles qui sont très familières à la plupart des femmes : la compétition, le manque de confiance, la personna- lisation excessive, la dépendance à l’affirmation des autres, une identité basée sur la façon dont nous voulons être vues plutôt que sur ce que nous sommes réellement. Et malheureusement les femmes sont très douées pour la manipulation et la collusion les unes avec les autres. En réalité, ces tendances ne sont pas seule- ment des caractéristiques d’une femme isolée – mais ce sont des sillons profonds dans la conscience de Femme. Elles sont com- plètement impersonnelles. Cela nous a pris néanmoins beaucoup de temps pour réaliser l’importance de cette distinction. E. Daly : Elles sont impersonnelles parce qu’elles sont enracinées dans des mécanismes de survie primitifs. En tant que femmes, nous avons toujours assuré notre survie au niveau physique par des moyens psychologiques, car nous sommes le sexe faible. En d’autres termes, nous avons toujours été en compétition sur notre apparence physique, notre intelligence, etc. – en compétition avec les autres femmes pour l’attention des hommes – parce que pen- dant des milliers d’années les hommes ont été la source de notre protection et sécurité. Comme nous avons toujours été plus vul- nérables physiquement, il est difficile pour nous de laisser tom- ber nos défenses et de complètement faire confiance aux autres. Cependant dans un contexte d’éveil spirituel, aller au-delà de l’ego signifie transcender ce sens de soi séparé, qui justement s’avère être fondamental pour qu’une femme se sente en sécu- rité. C’est quasiment comme si la peur physique pour sa propre survie était transposée en cette peur d’aller au-delà de l’ego. DEUX EXPÉRIMENTATIONS DE CHANGEMENT CULTUREL 36 éveil & évolutionE&E : Quand est-ce que les choses ont commencé à changer pour vous en tant que groupe de femmes confrontées à ces structures ? A. Arora : Au printemps 2006, j’ai eu une expérience intéressante comme si j’étais capable de voir à travers le voile de l’illusion, pour ainsi dire. J’ai réalisé à quel point nous les femmes, man- quons d’assurance, combien nous avons peur de nous lâcher et jusqu’où nous sommes prêtes à tomber à cause de cela. Dans cette expérience, toute ma propre histoire s’est alignée et j’ai compris pour ainsi dire ce qu’était mon ombre. Je refusais d’être un être humain responsable. Je ne voulais pas prendre la responsabilité de me tenir seule sur mes deux pieds, d’être un individu autonome qui ne soit pas toujours, d’une façon ou d’une autre, victime de son expérience. J’étais en voyage à ce moment- là et soudain j’ai commencé à reconnaître ce phénomène tout autour de moi, chez toutes les femmes que je rencontrais. Peu importait le pays où je me trouvais. R. Bennet : Alka a eu cette expérience juste quelques mois avant que nous allions toutes à Montserrat, un ancien monastère proche de Barcelone, pour une retraite de deux semaines avec Andrew. Ce moment a été incroyablement important pour nous. WIE : De quelle façon ? R. Bennett : Je pense que nous sommes toutes arrivées de façon indépendante à la conclusion qu’il nous fallait aller au-delà des structures de base de la psyché féminine afin d’accomplir quelque chose de plus grand. Et la retraite de Montserrat est arrivée à un moment où nous avions toutes décidé qu’il n’était plus possible d’attendre qu’une autre le fasse pour nous, que nous devions atteindre notre objectif et que c’était là que nous le ferions. Nous avions décidé très consciemment de prouver qu’il était possible de transcender l’ego, d’être ensemble et d’évoluer collectivement. K. Miller : C’était comme si chacune d’entre nous avait pris la responsabilité absolue de ne pas bouger quelle que soit l’inten- sité de notre expérience intérieure – même face à une peur, une résistance ou un refus immense. Nous nous sommes dit « Ok, je ne vais pas reculer quoi qu’il arrive. J’ai pris la décision d’être victorieuse et je ne vais pas hésiter ou revenir sur cette déci- sion. » Nous avons toutes pris responsabilité de nous-mêmes. Et pour cette raison en nous réunissant – ce que nous faisions tous les jours – nous ne nous sommes pas désintégrées collec- tivement. Dans le passé, nous nous étions toujours séparées et succombions à tous les schémas égoïstes de compétition, de collusion, que nous avons décrits tout à l’heure. Cette fois-ci le groupe restait uni en même temps que chaque participante déve- loppait sa propre autonomie. WIE : À quoi ressemblait cette expérience ? R. Bennett : Je venais à la retraite de Montserrat avec l‘dée jamais remise en question qu’il y avait une base émotionnelle à la liberté, que j’avais besoin de me sentir libre pour être libre. Mais ce que j’ai appris, ce que nous avons toutes appris, c’est que la liberté est finalement un choix que chacun d‘entre nous peut faire. Et nous avons simplement continué à faire les choix justes – être auto- nome, ne jamais compromettre nos valeurs les plus hautes et les plus justes, être plus attentive au potentiel du collectif qu’à la sur- vie de notre propre image de soi et de nos egos – à chaque instant. A. Arora : C’est vrai. Il est difficile d’imaginer la joie et la con- fiance qui en ont émergé. Et cela a continué depuis, dépassant largement toute idée que j’en avais avant. Je pense à cette soro- rité qui a émergé comme à une chose sacrée. C’est le paradis. R. Bennett : Quand nous nous rencontrions – j’ai du mal à l’expli- quer complètement – il y avait là quelque chose de mystérieux. Par le simple fait de poser nos corps ensemble dans la même pièce, la tension existentielle disparaissait, une tension dont nous n’avions même pas conscience avant. Alors une transpa- rence et une extase étaient libérées entre nous. C’était une nou- velle conscience. E&E : En quoi cette expérience change vos idées sur ce que signifie être une femme libérée ? K. Miller : Des forces, pas forcément « féminines », sont appa- rues en nous une fois que nous avons commencé à faire l’expé- rience de cette profonde autonomie individuelle en même temps que cette communion les unes avec les autres. Il semble que ces forces ont plus à voir avec l’action, avec l’éros. C’était une grande révélation parce que soudain aucune d’entre nous n’était intéressée à être ces choses qui sont si souvent associées à l’idée d’être « femme ». Ce dont nous faisions l’expérience n’avait rien à voir avec être « gentille », « douce », « nourricière », ou même « bonne » de la façon qu’on y pense normalement. E&E : À vous quatre, vous représentez plus de 60 ans d’expérience de ce chemin pour essayer d’aller au-delà de l’ego collectivement et découvrir à quoi ressemble la libération éveillée pour les femmes au vingt et unième siècle. Comment espérez-vous communiquer ce chemin et ce que vous avez appris à d’autres femmes ? E. Daly : Je pense que notre travail spécifique est de créer une sorte de microcosme prouvant qu’une nouvelle culture pour les hommes et les femmes est possible. Dans un sens plus large, il me semble que pour que l’humanité puisse franchir le prochain pas évolutif, le monde a besoin de femmes libérées qui travaille- ront aux côtés des hommes pour nous sortir des nombreuses crises planétaires dans lesquelles nous nous trouvons. A. Arora : Je pense que lorsque d’autres femmes verront qu’il est possible de vraiment se faire confiance entre femmes et que la vraie liberté, l’unité et la sororité sont possibles dans leur propre vie, alors leur propre désir pour ces choses sera libéré. K. Miller : Il est évident à bien des égards que les femmes ont besoin d’avancer ensemble et de s’engager consciemment dans le processus d’évolution. Ce que nous voulons dire c’est ceci : nous ne pouvons plus attendre. Il est temps maintenant. Pour apprendre d’avantage sur la nouvelle libération des femmes, en anglais, allez à EnlightenNext.org/women 37 numéro cinq
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