Eveil Evolution - Politique et Situation Mondiale
Options d'acquisition de l'article
Robert F Kennedy Jr - Les pages arrachées à la Bible - [Visionneuse]
Comment nous spolions nos descendants en créant une prospérité illusoire par le saccage de la Terre.
6 éveil & évolution Je me souviens des années qui ont précédé le Jour de la Terre en 1970. Je me souviens du fleuve Cuyahoga en feu pendant une semaine, dont les flammes s’élevaient jusqu’à une hauteur de huit étages, et que personne n’arrivait à éteindre. Je me souviens quand on a déclaré mort le lac Erié. Je me souviens que dans mon adolescence je ne pouvais pas nager dans l’Hudson, ou le Charles ou le Potomac. Je me souviens de l’odeur de l’air à Washington-DC, qui n’était même pas une ville in- dustrielle. Certains jours, on ne pouvait rien voir à cinquante mètres à cause du smog (brouillard dû à la pollution). Dans les années soixante, des milliers d’Américains sont morts durant les périodes de smog. Et en 1970, vingt millions d’Américains exaspérés par l’aggravation de la pol- lution sont descendus dans la rue – dix pour cent de notre population, la plus grande manifestation publique de l’histoire des États-Unis. Et le système politique a répondu. Les Républicains et les Démocrates se sont unis. Nixon a créé l’Agence de Protection de l’Environnement (Environ- mental Protection Agency), et nous avons fait passer au cours des dix années suivantes vingt-huit lois de première importance pour protéger dans notre pays l’air, l’eau, les marais, les espèces menacées, et assurer la sécurité alimentaire. En outre, ces lois ont servi de modèle à 120 nations dans le monde, qui ont promu leur propre version du Jour de la Terre et investi dans les in- frastructures favorisant l’environnement. Mais beaucoup de pays ne l’ont pas fait. Et ces pays, invariablement, étaient ceux qui n’ont pas de démo- cratie forte, car la démocratie et l’environnement sont intimement liés. On ne peut protéger durablement l’environnement dans aucun autre système qu’une démocratie de base locale, car les poissons, les oiseaux et les générations futures ne participent pas au processus politique. Leurs voix et leurs intérêts ne sont pas entendus lors de ce processus, si ce n’est dans une démocratie de base locale, où les individus qui entretiennent ces valeurs ont la possibilité de les affirmer et de les injecter dans le dialogue politique. Cela n’arrive pas dans une tyrannie, et c’est pourquoi il y a une corrélation directe tout autour de la planète entre le niveau de tyrannie des divers gouvernements et le niveau de dégradation de l’environnement – qu’il s’agisse de tyrannies de droite comme au Brésil durant les années soixante-dix, dans l’Irak de Saddam Hussein des an- nées quatre-vingt et quatre-vingt dix, ou de tyrannies de gauche comme en Europe de l’Est, en Chine, en ex-Union soviétique, qui font face à une catastrophe économique faute d’avoir investi dans les infrastructures de soutien de l’environnement. La Russie est un grand exemple. La Russie n’avait pas de démocratie, donc elle n’a pas eu de Jour de la Terre et par conséquent elle n’a pas eu de loi de protection de l’environnement. Elle n’a pas eu, par exemple, le NEPA [National Environmental Policy Act : loi directrice nationale pour l’environnement], notre loi la plus importante concernant l’environne- ment, la première que nous ayons fait passer lors de l’instauration du Jour de la Terre. Cette loi oblige les agences gouvernementales à étudier l’impact sur l’environnement de toute destruction ou dispersion d’un im- portant patrimoine public avant d’y procéder. Parce qu’ils n’avaient pas le NEPA en Russie, la mer d’Aral, lac salé qui représentait en grandeur la quatrième surface d’eau douce de la Terre, est à présent un désert. C’est comme si tous les Grands Lacs d’Amérique s’asséchaient d’un coup. Parce qu’ils n’avaient pas de Clean Water Act [Loi pour l’Eau Propre], la mer d’Azov, qui était la réserve de poissons la plus riche du monde après la baie de Chesapeake, est maintenant un égout stérile. Parce qu’ils n’avaient pas d’obligation légale d’enquête et de bilan associée à leurs programmes nucléaires, un cinquième de la Biélorussie est devenue inhabitée en permanence à cause de la radioactivité. En Turquie, ils n’ont pas non plus de loi pour la préservation de l’eau. Trois cents espèces ont disparu de la mer de Marmara au cours des quinze dernières années. La mer Noire sera morte d’ici dix ans. Dans ces pays, et dans beaucoup, beaucoup d’autres, les dégâts éco- logiques ont abouti à une catastrophe économique. C’est ce qui serait arrivé ici même, si nous n’avions pas fait certains investissements dans les années soixante-dix, et c’est ce qui arrivera à coup sûr si nous lais- sons ce Congrès d’irresponsables et cette Maison Blanche de je-m’en- foutistes démanteler trente années de juridiction pour préserver l’en- vironnement. Le plus énorme danger écologique, aujourd’hui, ce n’est pas le réchauffement de la planète ou l’explosion démographique ou les maladies animales, c’est George W. Bush. Une partie des pires dégâts est déjà accomplie, et nous en payerons les suites pendant des géné- rations. Mais même si une petite partie seulement des quelque deux cents amendements proposés actuellement par l’administration Bush Nous pouvons convertir nos ressources naturelles en cash et créer l’illusion de la prospérité. Mais nos enfants payeront pour notre joyeuse virée. Les pages arrachées à la Bible par Robert F. Kennedy, Jr Comment nous spolions l‘héritage de notre Terre VOIX DU FUTUR 7 numéro deux est votée ou mise en œuvre, notre pays, l’année prochaine, ne disposera plus d’aucune loi fédérale efficiente concernant la protection de l’environne- ment*. Je n’exagère pas. Ce n’est pas une hyperbole. C’est un fait. En Russie, ils n’ont pas promulgué de lois pour protéger l’environnement, et aux États-Unis nous allons nous retrouver exactement dans la même situation parce que l’administration Bush est en train de détruire ces lois. Beaucoup de ces lois resteront dans les livres, sous une forme ou une autre, mais il sera impossible de les mettre en vigueur. Alors nous serons comme le Mexique, qui a d’admirables lois poétiques sur l’en- vironnement, mais personne ne les connaît et personne ne les met en œuvre parce qu’aucun dispositif n’oblige à les exécuter. Si l’on demande à la Maison Blanche ou au Capitole pourquoi ils font ce sabotage, ils répondent invariablement : « Le temps est venu, dans l’histoire de ce pays, où il nous faut choisir entre la prospérité éco- nomique et la protection de l’environnement ». Mais ce choix est com- plètement faux. Dans cent pour cent des cas, une bonne politique de l’environnement est identique à une bonne politique économique – à condition de vouloir mesurer notre économie (et c’est certainement ainsi qu’il convient de la mesurer) en considérant la façon dont elle pro- duit des emplois, et des emplois dignes, profitant à plusieurs généra- tions, et la façon dont elle préserve la valeur des richesses et atouts de nos communautés. Si, d’un autre côté, nous voulons faire ce que nous demande de faire cette Maison Blanche – c’est-à-dire traiter la planète comme une affaire en liquidation, convertir nos ressources naturelles en cash aussi rapidement que possible, et avoir pendant quelques années une prospérité basée sur la pollution –, alors nous pouvons produire instantanément une grande masse monétaire et l’illusion de la prospé- rité. Mais nos enfants devront payer pour notre joyeuse virée. Le saccage de l’environnement, c’est du déficit budgétaire. C’est une façon de donner en héritage à nos enfants la facture de la prospérité de notre génération. Et ils la payeront en paysages désolés, en mauvaise santé et en énormes dépen- ses d’assainissement qui ne feront que s’amplifier avec le temps. Donc, en fait, la protection de l’environnement nous enrichit économi- quement, et notre méconnaissance de ce fait nous met en péril. Elle nous enrichit également en loisirs et sur les plans esthétique, culturel, historique et spirituel. La raison pour laquelle nous protégeons l’envi- ronnement n’est pas pour le seul bien des poissons et des oiseaux – c’est pour notre bien, parce que la nature nous enrichit. Les êtres humains ont toutes sortes d’appétits en plus de l’argent, et si nous ne les nour- rissons pas, nous ne serons pas le genre d’êtres que le Créateur nous appelle à devenir. Lorsque nous détruisons la nature, nous nous dimi- nuons et nous appauvrissons nos enfants. Et il est vraiment important que les Américains le comprennent parce que nous avons avec la nature des liens plus intimes que dans tout autre pays industrialisé. Depuis le début, nos leaders culturels et politiques ont dit aux Américains : « Vous ne devez pas avoir honte de ne pas avoir mille cinq cents ans de culture derrière vous comme en Europe, parce que vous avez cette relation avec la nature, avec la terre, et spécialement avec la nature sauvage – œuvre de la Création à l’état pur. Et elle sera la source de vos valeurs, de vos vertus, et de votre caractère en tant que peuple. » La proximité humaine avec la nature a été reconnue par de grande figures spirituelles et morales, ainsi que par des théologiens dans toutes les traditions religieuses. On a usé de paraboles, d’allégories et de fables tirées de la nature pour nous enseigner la différence entre le bien et le mal, pour nous montrer à quoi ressemble le visage de Dieu. Je ne crois pas que la nature elle-même soit Dieu, ou que nous devions l’adorer comme étant Dieu. Mais je crois que c’est la façon dont Dieu communi- que le plus puissamment avec nous. Dieu parle aux êtres humains à tra- vers de nombreux vecteurs – par les humains entre eux, par les religions organisées, par les grands livres de ces religions, par l’art, la littérature, la musique, la poésie, la danse – mais nulle part avec autant de force, de clarté et de substance, avec autant de grâce et de joie qu’à travers la Créa- tion. Par conséquent, détruire l’environnement équivaut moralement à arracher les dernières pages du dernier Grand Livre, nommé Torah, Tal- mud, Coran ou Upanishads. Je ne pense pas qu’il soit prudent de nous imposer un tel coût, et je doute que nous ayons le droit de l’imposer à nos enfants. Et c’est là le motif d’un plaidoyer en faveur de l’environne- ment : faire reconnaître à tous que nous avons une obligation envers la génération suivante. Extrait d’un discours donné à New York à l’Omega Institute, dans le cadre de la conférence « Vivre une vie sans peur », le 2 avril 2004. * Pour les détails concernant la politique environnementale de l’administration Bush, voir VOIX DU FUTUR
VISIONNEUSE
Si vous achetez un article/magazine au format "visionneuse",
il sera mis à votre disposition, sous 48 heures ouvrées, dans
votre espace privé (cet espace est créé lors de votre premier achat).
Si vous achetez un article/magazine au format "pdf", il vous sera envoyé
sous 48 heures ouvrées, et le même article/magazine au format "visionneuse"
sera ajouté dans votre espace privé (cet espace est créé lors de votre premier achat).
