Eveil Evolution - Politique et Situation Mondiale
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Jeremy Rifkin - La fin d'une ère - [Visionneuse]
Un résumé clair et net des grandes lignes de la crise planétaire et de la 3ème révolution industrielle en cours, nous mettant en demeure de redéfinir l’être humain en dépassant nos critères bornés de « productivité ».
4 éveil & évolution presenting the values & visions of a new global culture voix de futur valeurs et visions d‘une nouvelle culture globale voix du futur Jeremy Rifkin est l’auteur de seize livres traitant de l’impact des changements technologiques sur l’éco- nomie, l’emploi et l’ensemble de la société. (Voir en français : La fin du travail, éditions La Découverte/ Poche 1997 ou Le rêve européen, éditions Fayard 2005). Conseiller de responsables de gouvernement dans divers pays, il intervient dans de nombreux colloques concernant le travail, les droits civils ou le monde de l’entreprise. Il est membre de la Wharton School of Business et président de la Foundation on Economic Trends (fondation pour l’étude des ten- dances économiques). JeRemy Rifkin : Au cours du XXIe siècle, nous allons voir la fin du tra- vail salarié de masse sur cette planète. De nouvelles technologies sophis- tiquées, concernant les logiciels, les ordinateurs, la robotique, les tech- nologies de l’intelligence, sont déjà en train de remplacer des secteurs de travail entiers. En moins d’une décennie, nous allons produire des biens et des services que nous ne pouvons même pas encore imaginer. Beau- coup de nouvelles compétences professionnelles vont émerger, mais il ne s’agira pas de travail de masse. Des élites professionnelles de plus en plus réduites travailleront de pair avec un appareil technique de plus en plus intelligent. D’ici une ou deux dizaines d’années, nous serons capables de produire des biens et services pour le monde entier avec une partie minime de la force de travail que nous utilisons actuellement. La question clé que soulèvent ces transformations est celle-ci : qu’ar- rivera-t-il à des millions d’êtres humains lorsque nous n’aurons plus besoin d’eux pour produire les biens et services de base ? Nous cons- tatons déjà qu’il n’y a aucun endroit dans le monde où nous ne soyons confrontés au chômage structurel à long terme. Donc, comment allons- nous redéfinir ce qu’est un être humain au XXIe siècle ? Consciemment ou inconsciemment, nous avons tellement pris l’habitude de définir les humains d’après leur productivité sur le lieu du travail que nous nous grattons la tête quand nous commençons à nous demander s’il y a autre chose que les êtres humains pourraient faire sur terre. C’est là que nous voyons à quel point est étroite cette conscience de nous-mêmes que nous avons construite. L’âge de la biologie La physique et la chimie ont dominé les deux premières révolutions industrielles des XIXe et XXe siècles. Nous entrons à présent dans l’âge de la biologie, qui sera la base et le cadre de la troisième révolution in- dustrielle, celle du XXIe siècle. L’âge de la biologie, qui a déjà commencé, va soulever des questions sans précédent car nous avons maintenant la capacité de manipuler la vie à son niveau élémentaire : les gènes, les protéines, les ensembles de cellules, les organes, les tissus organiques – jusqu’à des organismes entiers. Outre qu’elle va générer de graves débats publics, cette nouvelle ère va mettre en question nos façons de définir ce qui relève de la nature, dans un monde où nous commençons à pouvoir la restructurer, la manipuler, la redéfinir et l’organiser en tant que pro- duit à notre service. Nous aurons à décider : prenons-nous la voie dure ou la voie douce ? Ce qui revient à savoir si nous utiliserons la nouvelle science pour in- venter une nouvelle Genèse, pour redéfinir et reconfigurer des millions d’années d’évolution avec les écosystèmes qui les appuient, y compris notre propre évolution, et d’une certaine façon jouer à Dieu ? Ou si nous allons utiliser la nouvelle science pour mieux comprendre les rap- ports entre gènes et environnement, de façon à pouvoir nous intégrer nous-mêmes plus complètement – ou, si vous voulez, plus humble- ment – dans la première sorte d’évolution sur cette planète ? La voie douce consiste à se demander comment nous pouvons mieux intégrer notre science et notre technologie en travaillant avec, au lieu de tra- vailler contre les millions d’années de l’évolution et les écosystèmes qui La fin d’une ère meLissa Hoffman : L’espèce humaine connaît actuellement des changements sans précédent à presque tous les niveaux de son exis- tence – technologique, écologique, sociale, politique – et ils ont lieu à grande échelle. Dans votre perspective de futurologue et de consultant d’entreprise, pouvez-vous décrire quelles sortes de changements vous voyez au présent et prévoyez dans l’avenir ? 5 numéro deux l’appuient. Cela représente une approche plus élégante, plus sophisti- quée intellectuellement, et bien plus avancée scientifiquement parce qu’elle requiert une compréhension profonde du cadre structurel, du contexte de toutes les relations et de la chorégraphie qui œuvrent dans la nature. Donc, l’âge de la biologie va être tout à fait critique pour l’hu- manité. Il va nous obliger à définir, et peut-être même à redéfinir ce qu’est un être humain. Il nous faudra attentivement discerner ce qu’est notre relation avec les autres espèces. Quelles sont nos obligations en- vers la planète, et comment estimons-nous la valeur intrinsèque de la vie, à côté de sa valeur utilitaire pour nous ? Énergie égale pouvoir Actuellement la famille humaine est confrontée à trois grandes crises qui sont toutes en rapport avec le pétrole. La première est le réchauffe- ment de la planète, la deuxième est la dette croissante du tiers-monde, et la troisième est le potentiel de nouvelles guerres au Moyen-Orient. Le réchauffement planétaire est probablement le défi le plus im- pressionnant qu’ait jamais dû relever l’humanité. Il représente le côté sombre de l’Age Industriel ; c’est la note à payer pour deux cents ans de combustion des énergies fossiles. Je pense que si nous devions mesu- rer l’accomplissement humain d’après l’étendue de ses effets, il faudrait dire que le réchauffement de la planète est la réalisation la plus impor- tante, et de loin, de l’espèce humaine, bien qu’elle soit négative. Pour- quoi ? Parce que le réchauffement global a affecté toute la biochimie de la Terre en moins d’un siècle. C’est très impressionnant – négatif mais impressionnant ! Même si le changement de température se limite à l’estimation basse des études prédictives (l’estimation haute étant une augmentation de 5° C, la basse étant de 1,5 à 2° C), nous serons en péril. Ces changements entraîneront, en moins d’un siècle, une modification de climat équivalente à celle qui a eu lieu depuis l’ère glaciaire jusqu’à maintenant – et celle-là aura pris quinze mille ans. Rappelons-nous que la moitié de la planète se trouvait sous la glace il y a quinze mille ans. Donc, nous parlons d’un changement de même ampleur se produisant en moins d’un siècle : nos écosystèmes et nos systèmes humains ne peuvent s’en accommoder sans dégâts graves. Si l’on regarde la situation en termes économiques, il y a aussi des coûts financiers indirects associés au réchauffement planétaire, dont nous avons tendance à ne pas tenir compte. Quand je consulte des émi- nences de l’industrie des assurances, ils ne savent pas du tout comment gérer cette situation. Une grosse question surgit : comment établir un système d’assurance contre l’épuisement des terres cultivables, les tsu- namis, les feux à grande échelle, la sécheresse et autres cataclysmes ? L’ampleur de ces problèmes et les sommes d’argent impliquées sont de- venues colossales. Certaines compagnies ont commencé à analyser ces coûts, et cela représente de telles sommes qu’au total elles pourraient égaliser la valeur actuelle du Produit Intérieur Brut des Etats-Unis. La dette du tiers-monde La seconde crise à laquelle nous sommes confrontés est la dette du tiers-monde. Il est facile pour les habitants de l’Occident d’oublier qu’un large fossé sépare les nantis des démunis – et ce fossé ne cesse de gran- dir. Jamais auparavant dans l’Histoire il n’y a eu relativement si peu de gens à bénéficier d’une si grande quantité des ressources mondiales, et autant de gens à en être dépossédés. Nous ne connaissons dans l’His- toire aucun exemple qui puisse s’y comparer – depuis l’ère paléolithique jusqu’au début de la période moderne : jamais il n’y avait eu un tel écart au sein de l’espèce humaine. C’est véritablement sans comparaison. Certains d’entre nous sont conscients de cette immense fracture, mais la plupart d’entre nous ne voient pas le rapport avec le pétrole. Quand l’OPEP a imposé l’embargo du pétrole dans les années soixante-dix, le prix du pétrole a grimpé de 3 dollars le baril jusqu’à 12 dollars. Depuis, le prix n’est jamais descendu. Ainsi, pendant trente ans, les pays du tiers-monde ont dû désespérément faire des emprunts au FMI, à la Banque mondiale et autres organismes de prêt pour essayer de payer le pétrole qu’ils ne pouvaient s’offrir pour moderniser leurs économies. À présent, pour chaque dollar emprunté, ils doivent rembourser 83 cents, soit 83% d’intérêts pour un emprunt déjà injuste – et ils n’ont même pas le pétrole. Ces pays actuellement dépensent plus d’argent pour rembourser des emprunts passés qu’ils n’en dépensent à des services humains minimaux. Donc quatre-vingt neuf pays de ces régions du monde se trouvent dans une situation pire qu’il y a dix ans. Gardez à l’esprit que pendant que le prix du pétrole continue de grimper et que nous approchons du som- met de la courbe, le tiers-monde va être entraîné dans une courbe des- cendante de pauvreté et de désespoir toujours grandissants. Le moyen-orient La troisième crise à laquelle nous sommes confrontés est liée à la situa- tion toujours plus incertaine du Moyen-Orient. Si l’on prend du recul, on peut voir que l’âge moderne a été régenté par l’usage des combus- tibles fossiles. Regardez comment nous avons vécu pendant les cent dernières années et vous comprendrez combien le pétrole et les autres combustibles fossiles ont constitué des éléments déterminants pour notre existence même. Nos aliments sont cultivés avec des fertilisants pétrochimiques, nos vêtements sont faits de tissus synthétiques chi- miques, nos matières plastiques, nos matériaux de construction, notre chauffage, notre éclairage, nos produits pharmaceutiques, tout cela vient du pétrole. Mais nous commençons tout juste à voir que nous aurons épuisé la moitié de la réserve mondiale de pétrole brut à bon marché (et là est le pic de la courbe ou production maximale) entre 2010 et 2035 – et quelle que soit la date à laquelle vous croyez, elle reste incroyablement proche de maintenant. En tout état de cause, c’est la phase critique ; c’est là que se situe la fin d’une ère. Car depuis lors les prix ne redescendront plus jamais. Lorsque nous atteindrons le pic, les deux tiers des réserves restantes de pétrole à bas prix se trouveront au Moyen-Orient, qui est la région du monde la plus perturbée et la plus incertaine politiquement. Si nous pensons que le Moyen-Orient est aujourd’hui un foyer de troubles, ima- ginez ce qu’il en sera d’ici sept ou quinze ans quand ce sera là que se trouvera tout le pétrole restant. En outre, on s’attend à ce que d’autres nations telles que la Chine ou l’Inde aient besoin d’autant de pétrole que les USA et les nations européennes dans les dix prochaines années. Donc tout le monde va se disputer ce pétrole. La partie géopolitique qui est en train de se jouer est extrêmement dangereuse. Donc, si l’on additionne tout cela – le réchauffement planétaire, la fracture grandissante entre les nantis et les démunis, l’accroissement de la dette du tiers-monde, l’aggravation des pressions géopolitiques et militaires au Moyen-Orient, en y ajoutant le fait que la production globale de pétrole atteindra probablement son maximum dans les dix ou trente ans à venir – cela veut dire que nous sommes à la fin d’une ère. Tandis que nous nous dirigeons vers la fin très périlleuse de notre régime actuel en production d’énergie, un nouveau régime énergétique à base d’hydrogène se profile à l’horizon. La question clé est : comment passerons-nous d’ici à là, de façon à traverser le fossé de fracture sans aboutir à un effondrement de civilisation ? ◊ VOIX DU FUTUR
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