Eveil Evolution - Politique et Situation Mondiale
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Craig Hamilton - Les défis de notre temps - [Visionneuse]
Table ronde avec Don Beck, Brian Swimme, and Peter Senge, animée par Adrew Cohen. Eveil et Evolution fait appel aux pionniers les plus évolués en géopolitique, cosmologie, management et spiritualité afin de nous aider à comprendre comment l'humanité peut avancer au milieu des multiples défis de notre époque
s e e rogeant plus par t i - c ul i èr ement sur l e rôl e de la r el i - gi on, nous avons déc i dé, pour ce numér o, de r éuni r quelques uns de ces penseurs d' avant-garde. Platon af f i r mai t que la f or me de connais- sance l a pl us él ev ée est c el l e qui émerge du dialogue. De même, nous avons pensé qu'une t abl e ronde d'é- minents partisans de la pensée di t e i nt égr al e (approche philosophique i nt égr ant les di ver s aspects et ni v eaux de l a c ondi t i on humai ne) l ai s s er ai t appar al t r e, grâce à l eur s angl es de vue di f f é- rents, la plus vaste perspect i ve possible. Cr ai g Ha mi l t o n DON BEeK BRI AN SWI MME PETER SENGE Tab e ron Q uand on cher che à pr évoi r l'avenir, on s'a- venture sur un t er r i t oi r e i ncert ai n. Pourtant, tous les futurologues et les visionnaires que nous avons i nt er r ogés pour ce numér o ont une c er t i t ude com- mune : quel l e que s oi t l a t our nur e de not r e destinée col l ect i ve, la navigation dans les années à veni r représente un immense déf i . Au moment où les forces imprévisibles du changement transforment chaque secteur de la vi e et de la c ul t ur e sur c et t e pl anèt e - qu' i l soi t sociologique, t echni que, environne- mental ou géopol i ti que - , l e sol de not r e village mondial t rembl e sous nos pieds. La transformati on génère un ensem- ble de problèmes imbriqués qui sus- ci t ent des questions et exigent des réponses. Quelles sont les répon- ses qui nous per met t r ont de rel e- ver les défis à veni r ? Quels esprits produi ront une vision suffi samment large pour englober la complexité des conditions prévalant à l'orée du XXl e siè- cle ? Si Einstein avai t raison l orsqu' i l di sai t qu' "un probl ème ne peut êt r e résolu au même niveau de pensée que cel ui où i l a ét é c r éé" , alors quel - les sortes de pensée nouvel l e et quels penseurs i nno- vants nous ai der ont à f r anc hi r l e cap des éni gmes de demai n? Qu'on l'appelle rrintégrale", rrde deuxième ni veau", holis- t i que ou systémique, une nouvelle façon de penser, por- t ée par une vague de visionnaires qui ont des yeux pour voi r au-delà des turbulences de la surface, s'est f rayé un chemin dans nos pages. En nous i nc i t ant à af f r ont er les courants de forces complexes qui él abor ent not r e des- t i n pour le mei l l eur et pour l e pi r e, ces prosélytes d'une pensée d'un ordre supérieur nous ouvr ent des pistes qui const i t uent peut - êt r e not r e mei l l eur e chance d'adapta- t i on face aux graves enj eux des années f ut ures. À la recherche de réponses per t i nent es et nous i nt er -cosmos") et de The Universe St or y ( "L' hi st oi r e de l ' uni ver s" , éc r i t e avec son ami et ment or l e Père Thomas Berry), Brian Swimme a dédi é sa vi e aux mervei l l es de not r e héri t age cosmique, à l ' évei l de ses contemporai ns et à l eur responsabilisation face à l ' aveni r de l ' évol ut i on. Lors des cours et des conférences donnés au Center f or t he Story of t he Universe, i l exhor t e ses audi teurs à assumer les i mpl i cat i ons profondes liées à la f acul t é d' êt r e conscient en act ual i sant ce pot ent i el excepti onnel , spéci f i que aux êt res humains, pour deveni r l'expression d'une compassion écl ai rée qui i nc l ut t out e la vi e. www. bri answi mme. org PETER SENGE Pour changer l e monde, i l f aut changer les i nst i t ut i ons. Dans son domaine, Peter Senge, ce " géant du management ", n'est pas un conservateur. Réputé pour son génie novat eur dans la créat i on de st r uct ur es éducatives en mat i èr e d'organisation, Peter Senge a ébranl é les dogmes du monde du business avec ses l i vres La Ci nqui ème Di sci pl i ne et La Danse du changement dans lesquels i l t ransf orme les idées abst rai t es de la t héor i e des systèmes en out i l s prat i ques de gestion des compl exi tés du changement des grandes organisations. Enseignant Senior au MIT et f ondat eur de la Society f or Organizational Learning (Société pour l'Organisation apprenante : www. sol f rance. org), Peter Senge donne des conférences dans l e monde ent i er i nc i t ant les di ri geant s des domaines de l ' ent repri se, de l ' éducat i on, de la santé ou de l ' admi ni st rat i on à dével opper une vision, un but , une réf l exi on et une analyse systémique de la cul t ur e des organisations. Auj ourd' hui , t r ei z e ans après son ar r i vée dans l e monde du management, Peter Senge cont i nue à donner l ' exempl e de la c r éat i v i t é en fai sant évol uer ses propres idées. Entouré d'autres chercheurs, i l ét udi e l ' appl i cat i on, à la st r at égi e d' entrepri se, des leçons de sagesse de la philosophie or i ent al e. DON BEeK Don Beck est un " magi c i en" du changement dont l e modèl e d' évol ut i on en spi ral e, appl i qué à la psychosociologie comme à la géopol i t i que, est un out i l de plus en plus appréci é des responsables d'organisation. Compl ét ant l e t r av ai l i nnovat eur du psychologue Clare Graves, Don Beck a conçu un schéma global des étapes évol ut i ves par lesquelles passent les i ndi vi dus, les organisations et les cul tures. Ce modèl e nous l i v r e ainsi une cl é pour comprendre et résoudre les c onf l i t s à grande échel l e. En démont r ant que les c onf l i t s maj eurs peuvent êt r e rédui t s à des af f r ont ement s ent r e di f f ér ent s " mèmes" ( t er me issu du grec si gni f i ant " empr ei nt es " ) , ou codes de valeurs sous-jacents répondant aux condi t i ons de vi e, Don Beck a j oué un rôle maj eur dans des réal i sati ons aussi i mpor t ant es que l ' abol i t i on de l ' apar t hei d en Af r i que du Sud et la r est r uct ur at i on soci ét al e de Singapour. Fondateur et di r ec t eur aux États-Unis du Nat i onal Values Cent er et du Spiral Dynamics Group, Inc. (groupe de t héori ci ens et pr at i ci ens de la "Spi ral e de l ' Évol ut i on" ) , Don Beck s'est associé depuis peu au philosophe Ken Wi l ber pour él abor er l e Spiral Dynamics I nt egr al (SDi) : une i ni t i at i v e vi sant à "organiser des i nt er vent i ons de changement ou de t r ansf or mat i on à grande éc hel l e" . www. spi r al dynami cs. net BRI AN . SWI MME La t r ansf or mat i on à grande éc hel l e, voi l à l e domai ne ' de Brian ~~l'mme, dans l ' accept i on la plus l arge du t er me " gr ande" . Cosmologue mat hémat i ci en, ce mysti que de la nat ur e a passé les deux derni ères décennies à r acont er avec ani mat i on l ' hi st oi r e de not r e univers depuis sa naissance explosive i l y a quel que quinze mi l l i ar ds d'années. Aut eur de The Uni verse is a Green Dragon ("~'.univers est un dragon v er t " ) , The Hi dden Hear t of t he Cosmos ("~e cœur secret du 13DON BEeK: Je pense que nous nous trouvons dans ce que nous pouvons appel er ttl'Âge de la Fr agment at i on" - la f r agment at i on ét ant l e r ésul t at de la f i n de la guerre f r oi de et du monde bi pol ai r e plus si mpl e qu' el l e r epr ésent ai t . Quand c et t e glace mét aphor i que qui couvr ai t t out e la pl anèt e a fondu, les systèmes de valeurs sous-jacents et les forces cul t ur el l es qui boui l l onnai ent depuis des générations sont remontés à la surface. Auj ourd' hui , nous découvrons des t r i bus, des empires, des trismes" sacrés, des croisades, des dj i hads... Nous sommes entral nés dans de st upéf i ant s changements parce que des mi l l i ar ds de personnes t r aver sent di f f ér ent s niveaux de dével oppement soci ét al en même temps. Beaucoup pénèt r ent auj ourd' hui dans des phases de dével oppement soci ét al que nous, occi dentaux, qui t t i ons i l y a t r oi s cents ans. Alors, pl ut ôt qu'un mouvement uni di r ect i onnel et hor i zont al de not r e espèce, ce sont des changements mul t i pl es qui se dér oul ent si mul t anément de haut en bas de la spi ral e de l ' évol ut i on. Cela si gni f i e que t out es les guerres anciennes, les conf l i t s, les revanches, les rancunes qui f ont par t i e de l ' Hi st oi re humaine depuis son commencement , réapparaissent auj ourd' hui en même temps. Paral l èl ement , nous observons une nouvel l e version de la dér i ve des c ont i nent s : les mondes économi que, pol i t i que, technol ogi que et social se r appr ochent les uns des autres. Nous nous trouvons face à un monde d'une compl exi t é sans pr écédent . Mal heureusement, aucune i ns t i t ut i on ni aucun système act uel ne peuvent répondre à c et t e compl exi t é. Nous cherchons désespérément des modèles d' organisation capables de gérer ces nouvelles condi t i ons. Nous sommes en quêt e de cohésion dans c et ttÂge de la Fr agment at i on" . WHAT Is ENLI GHTENMENT ? : Nous vous proposons d' expl orer ensemble une question très s i mpl e: Qu'est-ce qu'une voi e spi r i t uel l e vér i t abl ement adaptée à not r e époque? Les questions qui surgissent pr ésent ent de mul t i pl es f acet t es. Par exempl e, les t r adi t i ons religieuses, sous l eur f or me act uel l e, pour r ont - el l es répondre, dans ce XXle siècle, aux besoins d'un êt r e humain qui s' évei l l e? Seront-elles capables d' êt r e les catalyseurs des indispensables réponses à la crise mul t i di mensi onnel l e que nous vivons, ou bien avons- nous besoin d'une nouvel l e approche - ou d'une approche amél i orée - de ce vaste s uj et ? Voilà donc l ' or i ent at i on de not r e discussion. Mais avant d' al l er plus l oi n, i l me semble i mpor t ant d'essayer de décr i r e c et t e crise de not r e temps. Beaucoup est i ment que nous·sommes au bord d'une guerre de ci vi l i sat i on, que la pression croissante qui s'exerce sur not r e envi ronnement nat ur el crée une si t uat i on d'urgence mondiale où la survie même de la vi e, t el l e que nous la connaissons, est en j eu ; et si mul t anément , la pl upar t de nos i ns t i t ut i ons semblent incapables de r el ever les déf i s liés aux changements de nos condi ti ons de vi e. Pourriez- vous, chacun selon vot r e angle d'approche, décr i r e si mpl ement et cl ai r ement , à l ' i nt ent i on de nos l ecteurs, la nat ur e de c et t e c r i s e?BRI AN SWIMME : -~ent. Voilà comment j e décri rai s la e : nous avons donné naissance à de ~r;:- ,rmes d' i nst i t ut i ons - à des entrepri ses ~ ~ fie grandes organisations, jusqu'aux États IJ~~~/~ même jusqu'à des ci vi l i sat i ons ent i ères, si n les appar ent e à des i ns t i t ut i ons - , que nous avons st r uct ur ées selon nos diverses visions du monde ou ment al i t és. Nous avons édi f i é t out es ces i nst i t ut i ons et nous nous trouvons à un moment de l ' Hi stoi re où se r évèl ent les l i mi t es même de l ' espr i t qui les a créées. À mon avis, ces l i mi t es sont t r ès spécifiques : la s t r uc t ur e d' espr i t qui a créé ces i nst i t ut i ons correspondai t à ce que j ' appel l e une st r uct ur e mi crophase - c' est -à-di re qu' el l e s'adressait seul ement à la dynami que des par t i es en r el at i on avec un t out . Cet t e f or me d' espr i t est ce qui subsiste de not r e long apprentissage de l a survie ; el l e plonge ses racines t r ès pr of ondément dans l e passé de not r e hi st oi r e évol ut i ve. Cet t e ment al i t é convenai t t ant que l'espèce humaine n' ét ai t qu'une espèce parmi de nombreuses autres. Mais dans les derni ères décennies, nous sommes devenus beaucoup plus que cel a. 5i nous tenons compt e de not r e i mpac t sur la pl anèt e, alors nous pouvons nous compar er à l ' atmosphère ou à l'hydrosphère. Nous sommes devenus " pl anét ai r es " et plus préci sément un par t enai r e pl anét ai r e de l'atmosphère et de la biosphère. Nos i ns t i t ut i ons n' ont pas ét é conçues pour assumer un r ôl e aussi large. Le déf i act uel est de donner naissance à des i nst i t ut i ons formées par un espr i t pl anét ai r e ou hol i st i que. I l f aut qu'émerge une sagesse macrophase, une sagesse responsable de la pl anèt e dans sa gl obal i t é. mi l l i ar d de Chinois de ne pas pr ét endr e tous en même temps à deux voi tures, de l'eau courante et une machine à f ai r e du pop- cor n? Ils sont résolus à vi vr e " l a bonne v i e" t el l e qu'ils l ' ont vue sur CNN et dans les f i l ms américains. Ils demandent l eur place au sol ei l . Cela pose un grave probl ème. Les avancées technologiques posent un aut r e probl ème. Des gens disposant de moyens de r éf l exi on moins sophistiqués que les nôtres, c'est-à- di r e dépourvus du sens de la cul pabi l i t é, ont accès à un ar mement ( t el que la bombe at omi que et diverses formes d'armes biologiques) créé par une popul at i on aux capacités plus complexes. On peut désormais f abr i quer chez soi des armes très dangereuses dont on t r ouve la r ec et t e sur I nt er net . Nous n'avons pas at t ei nt la capaci t é de cont r ôl er not r e propre technol ogi e. Nous avons cer t ai nement ét é conf ront és à des si tuati ons analogues par le passé, mais comme l e di t Brian 5wimme, pas à ce niveau de dest r uct i on pot ent i el l e et de globalisation du danger. Auj ourd' hui , ce ne sont pas seulement une t r i bu, un système de valeurs ou une nation qui sont menacés mais bien la vi e t el l e que nous la connaissons sur c et t e pl anèt e. Voilà qui devr ai t êt r e, pour nous tous, un t rès sérieux appel au révei l ! WIE : Oui, c'est très vr ai . La pl upar t dés gens ne semblent même pas conscients de c et t e crise. Nous en entendons tous parler, mais nous choisissons de ne pas regarder c et t e r éal i t é en face probabl ement parce que ses i mpl i cat i ons sont bien t r op énormes, el l es nous submergent ! DON BEeK: ( ' es t vrai , Brian. Per met t ez- moi d' aj out er quelques remarques. Nous pourrions nous c ont ent er de laisser f ai r e l e processus. Après t out , jusqu'à ce j our les êt res humains ont survécu et ont t ouj our s su r et omber sur leurs pieds. Mais la si t uat i on est devenue ex t r êmement dangereuse, car ac t uel l ement un mi l l i ar d de personnes c ompt ent bien avoi r la même qual i t é de vi e que l e soi -di sant pr emi er monde - cel ui du mat ér i al i sme - même si beaucoup en reconnaissent les l i mi t es et voi ent la nécessité de vi vr e de mani ère moins pr édat r i ce et plus respectueuse de not r e t er r e. Comment persuader un 15PETER SENGE : Oui. Je pense que la mesure de not r e per cept i on de la crise dépend beaucoup de la place que nous occupons dans l e monde d' auj ourd' hui . Je crois que l e sent i ment qu' " i l n'y a pas de grosse c r i s e" est probabl ement domi nant aux États-Unis, même après le 11 septembre 2001. Vous savez, c'est une réact i on assez humaine de met t r e la t êt e dans l e sable en supposant que quelqu'un, quel que par t , gérera l a guerre cont r e l e t er r or i sme. I l est évi dent que sous la surface l e " mal ai se" reste grand, mais en surface on s'ingénie à conserver une at t i t ude du genre "mangeons, buvons, et soyons j oy eux " . Je vois deux raisons à cela. La pr emi èr e est l ' i sol ement t r adi t i onnel de la cul t ur e améri cai ne. Parmi les pays industrialisés ou "avancés", nous sommes cer t ai nement l e plus isolé. Seul l e Japon l' est probabl ement aut ant que nous. Ce poi nt commun met en l umi èr e not r e i sol ement , comparabl e à cel ui d'une l l e. La deuxième raison est que nous portons la responsabilité d'un grand nombre des problèmes mondiaux. Un vi eux dessin animé, cher aux écologistes, r acont ai t ceci : un vi si t eur se rend au zoo, admi re tous les animaux et ar r i ve f i nal ement devant la der ni èr e cage dont la pancart e i ndi que: "l ' ani mal le plus dangereux du monde" , Il s'approche et se ret rouve face à un mi roi r. Cet t e anecdote en di t long sur les États-Unis qui sont, sans aucun doute, les plus grands consommateurs de ressources de base et les pri nci paux adeptes de la gl obal i sati on du capi tal i sme. Mais i l nous est di f f i c i l e de nous regarder dans l e mi r oi r et d' i magi ner que nous puissions êt r e l e pays l e plus dangereux du monde, ce que, sans conteste, j e crois que nous sommes. Il semble donc très di f f i c i l e de désigner ces crises d'une façon commune car les percepti ons et l ' i nt er pr ét at i on des paramètres disponibles sont t rès di f f ér ent es de par l e monde. Or act uel l ement , peu d' i ntervenants dans les médias et les mi l i eux pol i ti ques souhai tent expl i quer ces paramètres. Les données sur l e r échauf f ement de la pl anèt e en sont l'exemple l e plus simple et l e plus t angi bl e. Le niveau de dioxyde de carbone dans l ' atmosphère augmente de mani ère al ar mant e depuis cent cinquante ans. Si nous acceptons l e si mpl e f ai t que le dioxyde de carbone est un gaz à ef f et s de serre ( et j e ne connais personne, au sein des cercles scientifiques, qui pense l e cont r ai r e) , aj out é au f ai t que " l a baignoire se r empl i t plus v i t e qu' el l e ne se v i de" , alors n' i mpor t e quel enf ant peut nous di r e ce qui va se passer. Mais nos pol i t i ci ens, confondus, di s ent : "Eh bien nous ne savons pas s'il y a v r ai ment un r échauf f ement de la pl anèt e" . La pl upar t des gens dans l e monde ne se posent pas c et t e questi on, mais demandent pl ut ôt quel l es solutions on va y apporter. Cet exempl e résume, pour moi, l'essentiel de la crise, qui est une crise de percept i on. Nous sommes incapables d'en admet t r e les preuves les plus évi dentes et de par veni r à un consensus quant à l eur si gni f i cat i on. WIE : La deuxi ème questi on que nous aimerions expl or er est la sui vante : Quelles sont les compétences requises et les réponses nécessaires pour f ai r e f ace aux circonstances ac t uel l es ?17 DON BEeK: Si not r e monde est f r agment é et divisé, alors comment combl er les f ai l l es ? ttPossédants" et ttdéshéri tés", pr emi er monde, deuxième monde, t i ers-monde, pays développés et pays en voie de dével oppement : ces termes sont des euphémismes expr i mant la souffrance de not r e pl anèt e face à la division ent r e di f f ér ent s niveaux d'accès à la l'l'bonne v i e" . Alors, où t r ouver les principes de cohésion et d' i nt égr at i on per met t ant de rédui re ces grandes f r act ur es mondi al es? J'ai assisté à t out es sortes de conférences sur des thèmes t el s que la mondi al i sati on et la r edi s t r i but i on; l ' i dée manquante, j e pense, c'est la compréhension de la nécessité de r edi st r i buer non seul ement les ressources, mais sur t out les mécanismes d' adapt at i on per met t ant de prendre en charge la compl exi t é croissante des problèmes. Les approches externes vi sant à amél i or er les conditions de vi e sont vouées à l'échec si elles n' i nt ègr ent pas, par al l èl ement , les étapes essentielles à f r anchi r dans l e dével oppement social i nt er ne. Les i ni t i at i ves économiques, pol i t i ques et technologiques doi vent êt r e corrélées avec les niveaux de compl exi t é de pensée de l ' i ndi vi du et des di f f ér ent es cul tures - sinon elles ne f er ont qu' empi rer les choses au l i eu de les améliorer. Si nous nous contentons de déverser de l ' argent sur les problèmes, nous ne ferons qu' al i ment er des comptes bancaires en Suisse. Nous avons essayé l'approche égal i t ai r e en supposant que t out url chacun se t r ouv ai t au même niveau de pensée et donc agi r ai t d'une façon responsable, mais \ cela n'a pas f onct i onné. Alors, si t out l e monde ne se t r ouve pas au même niveau de dével oppement, nous devons r éf l éc hi r en termes de constructi on d' environnements. Si nous arrivions à penser en ces termes, j e Ilcrois qu' i l y aur ai t une vrai e possi bi l i té de r épar er ce monde déchi ré. s ui t e de l ' ar t i c l e page 32 Teilhard de Chardin ? -- \ di sai t que . : : ; ' - 1' . : - : . : l a ,~~décision"~'hu\maine 7 ~ ~~ -, ~", '. ~,':- L" ~ _:' ~ 1~_"'~ ~ \ >~~;) c , . rr~fîôm i nis'e " l~,·p. roces,;bs','de sé1,\edi:~i-orlrha t u.,ell e . ' , ~! L- . - j'~ " \:, ' ' . ~r l '2 '::-. ~ \ pou;r:~\te,~méirl eur ~ t~'c'PQcÙr~{~p}re BRI AN SWI MME : Les humains sont devenus une puissance pl anét ai r e. Or, nous opérons à une échel l e mi crophase ou par t i el l e ou f r agment ée. Nous devons donc apprendre à penser comme une pl anèt e. Prati quement, l e déf i consiste à déf i ni r un mode de f onct i onnement correspondant à cel ui d'une communaut é compl exe et pl anét ai r e. J'aime bien c et t e i dée de Pet er : les i ns t i t ut i ons que nous avons créées, ces grandes entrepri ses, sont comparables à de nouvelles espèces. C'est f ant ast i que de penser de c et t e façon. Ces i nst i t ut i ons sont v r ai ment récentes et t out es j eunes. La compétence dont nous avons besoin mai nt enant s'apparente à une nouvel l e f or me de sél ect i on nat ur el l e. Nous devons dével opper la f ac ul t é d' appréhender les systèmes complexes de façon à r ect i f i er , r éi nvent er et r es t r uc t ur er ces i ns t i t ut i ons pour qu'elles puissent const r ui r e une communaut é t er r es t r e l'l'intégrale".Les défis de not r e temps, sui t e de la page17 BRIAN SWIMME : Pouvez-vous en di r e plus sur c et t e notion de l'l'construction d' envi ronnement s" ? DON BEeK: Par l'l'environnements", j ' ent ends les environnements sociaux, pol i t i ques et économiques, soi t les conditions de vi e qui f ac i l i t er ont l'émergence de nouveaux niveaux psychologiques chez les i ndi vi dus et dans les cul tures. Le modèle de la Spirale de l'Évolution ut i l i se l'image de la spirale pour décr i r e l e processus év ol ut i f sous-jacent à la progression des individus et des cul tures. Chaque spire ascendante représente un mème - c' est-à-di re une vision du monde ou code de valeurs pr enant f or me pour répondre à des condi ti ons de vi e nouvelles [ v oi r l e tableau résumant les caract éri st i ques de chaque étape de la spirale, p. 19]. Mon déf unt col l ègue Clare Graves a i dent i f i é hu.it mèmes ou paliers de développement par lesquels passent des i ndi vi dus ou des sociétés enti ères. Nous uti l i sons des couleurs pour di f f ér enci er ces étapes. On r et r ouve ces comportements fondamentaux par t out sur la pl anèt e humaine, mais exprimés de façons di f f ér ent es suivant les cultures et les sous-cultures. Et, la compréhension du f onct i onnement de ces courants de fond port eurs de systèmes de valeurs nous per met t r a de dével opper des visions plus vastes et plus réalistes et ainsi de t r ouver des solutions prati ques et appropriées aux problèmes réels. L'idée serai t d' l'l'assister", aut ant que possible en douceur, mais si nécessaire avec f er met é les êt r es humains dans l eur évol ut i on à travers ces étapes. L'exemple de Singapour est très par l ant . I l s'est const r ui t là-bas un système ri gi de et aut or i t ai r e ( di t l'l'bleu" dans not r e modèl e), considéré par la pl upar t d' entre nous comme i nut i l ement puni t i f . Mais c'est ainsi que cohabi t ent cinq groupes ethni ques peu stables (de t ype l ' l ' vi ol et / rouge"). Désormais, i l s doi vent passer au pal i er supéri eur en cr éant un système plus sci ent i f i que et r at i onnel (f'f'orange") - aut r ement di t , i magi ner un f'f'Singapour I ncor por at ed" pour ent r er plus ouver t ement dans la c ompét i t i on au sein de l'économie mondialisée. Ainsi on peut v oi r comment, au f ur et à mesure des résolutions de problèmes liés à un cer t ai n niveau de condi t i ons de vie, i l devi ent nécessaire d' i nst al l er les solutions politico-socio-économiques per met t ant d' évol uer vers un stade supérieur. Puisque t out es les cul t ur es ne se t r ouvent pas au même niveau de la spi ral e, des avenirs di f f ér ent s se dessinent pour ces peuples di sti ncts. Ce qui émergera à Singapour ressemblera à not r e hi st oi re passée. De même, l e t i ers-monde devra 32 suivre l e modèl e aut or i t ai r e du l'l'deuxième monde" représenté par Singapour avant que l e mode d' autonomi e du l'l'premier monde" et la sensi bi l i t é du l'l'monde post moder ne" ne devi ennent pour l ui des opti ons accessibles. PETER SENGE : Je suis ent i èr ement d'accord avec Don et Brian, i l me par al t pr i mor di al de reconnal t re que c et t e crise est col l ect i ve. Par exempl e, i l n'existe pas un i ndi vi du sur la pl anèt e qui puisse, seul, él i mi ner une espèce s'il en avai t envi e. Néanmoins, col l ect i vement , nous y parvenons à mer vei l l e, sans l e moi ndre ef f or t . Le f'f'collectif" est la mani ère dont nos actions se mani f est ent à t ravers l e réseau d' i nst i t ut i ons répandu sur l e globe. I l est f ondament al d' i nt égr er que c et t e crise n'est pas l e r ésul t at d'actions i ndi v i duel l es : el l e est l e r ésul t at d'actions col l ect i ves. Ainsi, l e t out pr emi er pas de not r e r éf l exi on sur les types de réponses à appor t er à la crise est de réal i ser que ces réponses doi vent avant t out êt r e col l ect i ves. WI E : Et à v ot r e avis quel l e f or me devr ai ent prendre ces réponses col l ect i ves ? PETER SENGE : Quoi qu' i l soi t i nsuf f i sant de di r e que les grandes ent repri ses en sont la cl é, j e pense qu'elles r est ent un él ément i mpor t ant , et peut - êt r e même cel ui qui peut per met t r e l ' ef f et de l evi er l e plus f or t . Je vois deux raisons à cela. Premi èrement, el l es ét endent leurs f r ont i èr es t rès au-delà des nations. L'État nat i on est de plus en plus anachronique dans l e monde d' auj ourd' hui ; même l e cr i me ent r e dans la f'f'mondialisation", sans par l er des dynamiques plus i mpor t ant es qui t r aver sent l e monde ent i er. L' i nst i t ut i on qui t raverse l e plus de f r ont i èr es est la grande ent r epr i se mul t i nat i onal e. Deuxi èmement, c et t e i ns t i t ut i on, en t ant que phénomène gl obal , ne cesse de s' étendre et ces grandes ent repri ses ont moins de cont r ai nt es que les États ou les i ns t i t ut i ons gouvernemental es. Le probl ème, évi demment , c'est que l e r ôl e t r adi t i onnel , f or mel , de la mul t i nat i onal e est de f'f'faire de l ' ar gent " , c'est sa seule responsabi l i t é of f i c i el l e. Elle ne connal t aucun pr écédent hi st or i que de responsabi l i té à l ' échel l e dont nous parlons, à la mesure de son i mpac t . Toutefois, les mul t i nat i onal es pour r ai ent f i x er des standards. Prenez l ' exempl e de la r évol ut i on de la gestion de la qual i t é; l ' i mpact sur les entrepri ses du monde ent i er a ét é consi dérabl e si mpl ement parce qu'un pet i t nombre de compagnies a di t : f'f'Voilà l e standard que nous allons at t ei ndr e, et tous les autres devr ont l ' at t ei ndr e aussi . " Imaginezqu'une vi ngt ai ne de mul t i nat i onal es i mpor t ant es ét abl i ssent des standards concer nant l eur i mpac t social ou env i r onnement al : i l devi endr ai t alors impossible aux plus pet i t es compagnies d' i gnorer ces standards. Donc, encore une fois, j e ne pense pas que les mul t i nat i onal es r epr ésent ent à el l es seules la sol ut i on, ne vous méprenez pas. Mais pour répondre à not r e crise, les él ément s clés sont conscience e t compét ence. Je crois v r ai ment que chacun de nous, i ndi vi duel l ement , a un sens nat ur el de la responsabi l i té. Par exempl e, nous ressentons tous nat ur el l ement c et t e responsabi l i té vis-à-vis des enf ant s, même quand i l s ne sont pas les nôtres - c'est bi ol ogi que. Pourtant, nous n'avons pas l e même sens de la responsabi l i té quant à l ' ef f et de nos actions. Par conséquent, si nous voulons dével opper not r e capaci t é de réponse à c et t e crise, nous devons accéder à une capaci t é de conscience c ol l ec t i v e des i nst i t ut i ons, puis accéder à not r e sens i nt r i nsèque, nat ur el de la responsabi l i té. W1E : Nous aimerions mai nt enant r eveni r aux questions posées précédemment . À la l umi èr e de t out ce que vous venez d'exposer, i l est c l ai r que, pour f ai r e face à c et t e crise, les êt res humains devr ont évol uer vers un niveau de conscience plus él evé et une mat ur i t é plus prof onde. Pensez-vous que les t r adi t i ons religieuses, sous l eur f or me act uel l e, soi ent bien armées pour nous ai der à r econnal t r e, comprendre et répondre à la nat ur e radi cal e des changements de condi ti ons de vi e qui ont l i eu en ce moment même? BRI AN SWI MME : Tout d'abord, les i ns t i t ut i ons religieuses n' ont pas vu l e j our pour répondre aux problèmes posés pas la crise act uel l e. La pl upar t de ces i nst i t ut i ons ne s'y i nt ér essent pas, el l es ne reconnaissent même pas, encore mai nt enant , c et ét at de crise ou bien pas dans les t ermes qui nous paraissent adaptés. Le phénomène act uel est t ot al ement nouveau. Cela n'est j amai s ar r i vé dans l ' Hi st oi re du monde. Dans l e même temps, i l y a des ressources essentielles dans t out es les t r adi t i ons religieuses. On ne peut pas les r ej et er pur ement et si mpl ement . Elles nous appor t ent des connaissances d' ordre prof ond et des prati ques d' i mpor t ance cr uci al e. Mais i l f audr ai t , dans un cer t ai n sens, les s t r uc t ur er et les t r ansf or mer pour les rendre appropriées à la si t uat i on. DON B1: eK : Je suis d'accord, et j e pense que la question es t : De quel niveau de système r el i gi eux parl ons-nous? Je crois que c'est aussi cela qu' i mpl i quent les propos de Brian. En ef f et , quand on di t " r el i gi on" , j ' ai tendance à penser aux paliers de dével oppement , ou mèmes, à par t i r desquels ces religions ont émergé. Par exemple, beaucoup des grandes t r adi t i ons ont émergé d'un système mythi que, absol ut i st e et aut or i t ai r e (ou d'un mème di t " bl eu" ) . Et cert ai nes d' ent r e elles ne pour r ont peut - êt r e j amai s at t ei ndr e une perspecti ve plus large et seront donc incapables de changer à cause de composantes t r op conservatrices. Pourtant ces t r adi t i ons sont très i mpor t ant es car elles ai dent des populations et des cul t ur es à opér er un changement év ol ut i f parti cul i er, depuis un niveau moins évolué (les valeurs égocentri ques et agressives du mè me " r ouge" ) vers un pal i er supéri eur (di sci pl i né et ver t ueux ou " bl eu" ) . Même si ces religions mal t r i sent c et t e t r ansi t i on- l à mi eux que quiconque, elles seront incapables de comprendre ce qui va au-delà. Certains de ces systèmes r el i gi eux conservateurs répondent cl ai r ement aux besoins d'un grand nombre de gens, même parmi les Américains, en par t i c ul i er ceux issus des communautés di t es mi nor i t ai r es. Et si nous sommes capables d' appréci er la val eur de ces religions t out en met t ant en garde leurs adeptes cont r e le danger d'en f ai r e un système clos, alors not r e i nt er v ent i on aura ét é ut i l e. La cl é se t rouve dans la f ac ul t é de comprendre l ' i mpor t ance évol ut i ve ou la vert i cal i t é i mpl i quée dans ces expressions de religion et de spi r i t ual i t é. PETER SENGE : Vous avez di t : la " v er t i c al i t é" ? DON BEeK : Oui. "Comprendre la v er t i c al i t é" si gni f i e concevoi r l ' i mpor t ance des di f f ér ent es formes de s pi r i t ual i t é à di f f ér ent es étapes de dével oppement , pl ut ôt que di scr édi t er les formes ant éri eures di t es " i nf ér i eur es " , comme l e f ont beaucoup de gens. Not re vision pr i mai r e d'une unique expression religieuse et spi r i t uel l e doi t évol uer vers la reconnaissance du f l ux év ol ut i f des expériences religieuses. Si nous pouvons susciter ce mouvement, j e pense que la communauté spi r i t uel l e dans son ensemble pourra j ouer un rôl e maj eur dans la t r ansf or mat i on nécessaire BRI AN SWI MME : Exact. Si nous réussissons à met t r e en avant ce qu' i l y a de cent r al dans chacune des t r adi t i ons, ce sera une cont r i but i on except i onnel l e au processus de t r ansf or mat i on act uel . Je suis en accord compl et avec Don Beck lorsqu' il di t que certaines t r adi t i ons sont de vér i t abl es expertes dans certains aspects de t r ansi t i on d'un niveau à l ' aut re. Si nous 33Les défis de notre temps pouvions les amener à j ouer un r ôl e dans l e cont ext e moderne, ce serai t très puissant. W1E : Oui. Et i l est vr ai ment r évél at eur de reconnal tre que l ' évol ut i on humaine, sur les plans émot i onnel , psychologique et même spi r i t uel , f ai t par t i e d'un processus év ol ut i f plus vaste et compl exe - un processus auquel chacun d' ent r e nous, i ndi vi duel l ement et col l ect i vement , par t i ci pe. Le f ai t que les t r adi t i ons religieuses ai ent j oué un r ôl e charnière dans ce processus est f ondament al pour examiner comment l e passé et l e présent vont pouvoi r rencont rer l'avenir. Peter, nous sommes curi eux de connal tre vot r e poi nt de vue car, en écout ant ce que vous disiez plus t ôt , i l nous est venu à l ' espr i t que les i nst i t ut i ons religieuses débor dent encore plus les f ront i ères que les i nst i t ut i ons mul t i nat i onal es dont vous parliez. PETER SENGE : C'est très j ust e. W1E : Donc, pot ent i el l ement , el l es pour r ai ent galvaniser une grande par t i e de l ' humani t é pour répondre à c et t e crise, si du moins elles se sent ai ent concernées PETER SENGE : C'est un très bon poi nt . Mais ce sera très di f f i c i l e car les i nst i t ut i ons sont t rès l i mi t ées par l eur hi stoi re. Et les pri nci pal es t r adi t i ons auxquelles nous pensons quand nous parlons des "grandes i nst i t ut i ons religieuses débor dant les f r ont i èr es " , à l' exception du Bouddhisme peut - êt r e, n' ont cer t ai nement pas mani festé, hi st or i quement , une façon globale de voi r les choses. Leurs racines, dans une cert ai ne mesure, sont t r i bal es. L'Islam en est probabl ement l ' i l l ust r at i on la plus f r appant e. Mahomet, par exemple, a beaucoup œuvré pour l ' i nst ruct i on des femmes et les f ai r e i nt er v eni r comme enseignantes ét ai t l'un de ses grands obj ec t i f s . Pourtant, dans les cent ans qui ont suivi sa mor t , les chefs t r i baux qui avai ent hér i t é de son enseignement, se f i r ent f or t d' él i mi ner c et t e pr at i que. Et i l en va ainsi de la pl upar t des religions cont empor ai nes: elles se r at t achent à des i dent i t és t r i bal es et ethni ques très fortes.Donc pour moi, une ét ape i mpor t ant e aujourd' hui serai t de " dési nst i t ut i onnal i ser " la religion. Dans toutes sortes de contextes, les gens f ont ce qu'on appel l e "des expériences rel i gi euses". Ils se découvrent des liens très profonds les uns avec les autres, avec la vi e, et i l s ent r ent en cont act i nt i me avec ce qui est transcendant, mais ceci ne se dér oul e pas dans un cont ext e r el i gi eux ! Et j e pense que ce poi nt est vr ai ment i mpor t ant . Une 34 nouvel l e sensi bi l i t é religieuse va se dével opper dans l e monde - comme cer t ai nement une nouvelle science - , et c et t e sensi bi l i t é va échapper à l' emprise des i ns t i t ut i ons religieuses. WIE : A propos de nouvel l e sensi bi l i t é religieuse, voi ci not r e der ni èr e question : Quel genre de nouveau cadre moral , ét hi que et spi r i t uel , prôneriez-vous pour per met t r e au plus grand nombre d' af f r ont er les exigences requises par les changement de condi ti ons de v i e? PETER SENGE: Je pense que nous savons bien des choses sur la s pi r i t ual i t é, la mor al i t é ou l ' ét hi que. Mais c'est l e c ont ex t e qui a pr of ondément changé. Comme nous l'avons di t , i l est auj ourd' hui gl obal , et donc i l ne peut s'agir que d'une s pi r i t ual i t é gl obal e. Je pense qu' i l y a chez l' homme une immense connaissance i nnée, et pr obabl ement chez quelques autres espèces, que nous considérons tous comme de la connaissance spi r i t uel l e, mais nous ne savons pas comment y accéder et la c ul t i v er dans l e cont ext e act uel gl obal . La pl upar t des "âges d' or " spi r i t uel s, en Chine, en Grèce et autres foyers de ci vi l i sat i on, ont exi st é à des époques t r ès reculées. Ils n' ont pas v r ai ment réussi à pr endr e raci ne de façon à t r aver ser les derni ers mi l l énai r es. Nous n'avons aucune s pi r i t ual i t é pour l e c ont ex t e moderne. La seule chose que nous puissions di r e avec quel que confi ance, c'est qu'une s pi r i t ual i t é moderne dev r ai t êt r e v r ai ment di f f ér ent e des prat i ques et i ns t i t ut i ons spi r i t uel l es qui ont f onct i onné dans ces autres cont ext es. I l me semble que l e seul domai ne vers l equel nous pouvons nous t our ner est la science. Je pense que la s pi r i t ual i t é du prochai n mi l l énai r e sera t rès l i ée à la science. Parce que, mal gré tous ses déf aut s, l e dével oppement de la science occi dent al e, au cours des quat r e ou ci nq siècles écoulés, représente sans aucun dout e une évol ut i on i mpor t ant e de la soci été humaine. I l est f r équent de désigner la science comme une sort e de r el i gi on de not r e époque. L'analogie me par al t j us t e. Auj ourd' hui , nous nous tournons vers les sci ent i f i ques comme aut r ef oi s vers les chefs r el i gi eux, pour nous f ai r e expl i quer " v r ai ment " l e f onct i onnement de la r éal i t é. Les bons sci ent i f i ques, d' ai l l eurs, n' appr éci ent pas ce r ôl e; d'abord parce qu'ils sont conscients de la l i mi t e de leurs connaissances, et ensui t e parce qu'ils savent que la science ne pr odui t pas de vér i t és absolues. Toutefois, l e déf i f ondament al pour nous pr ovi ent du f ai t que la science se soi t laissé pi éger par la séparation ent r e l e monde i nt ér i eur et l e mondeextéri eur. Cet t e séparati on s'est i nt r odui t e et i nst al l ée dans l e domai ne des sciences pour des raisons pol i t i ques et sociales. Les savants des XVIe et XVIIe siècles, pour ne pas avoi r l'Église sur l e dos, ont di t au c l er gé: "Vous vous occupez du monde i nt ér i eur , nous nous occuperons du monde ex t ér i eur . " Mai nt enant , nous en subissons tous les conséquences avec, d'un cot é, c et immense pouvoi r et c et t e i nf l uence sur l e monde ex t ér i eur et de l ' aut r e, une séparation t ot al e avec l e monde i nt ér i eur . Ainsi, j e pense que la s pi r i t ual i t é du prochain mi l l énai r e sera une s pi r i t ual i t é qui r éi nt ègr er a d'une façon ou d'une aut r e ce que nous appelons auj ourd' hui " l a sci ence", un espr i t qui , dans sa mei l l eur e accept i on, ut i l i s e l e scepticisme en met t ant ri goureusement sa f oi , avant t out , dans l ' expéri ence. C'est cel a, j e pense, qui fonde la science empi r i que - c'est d' ai l l eurs l e sens du mot " empi r i que" - mais peu à peu c et t e allégeance à l ' expéri ence s'est perdue. Aussi v aut - i l mi eux ut i l i s er ce t er me de science avec pr écaut i on, et j e l ' empl oi e seul ement dans l e sens de Buckmi nster Ful l er : "Tout êt r e humain est né s c i ent i f i que" . Voilà mon poi nt de vue sur la nouvel l e s pi r i t ual i t é. WI E : Donc, quel genre de nouveau cadre moral , ét hi que et s pi r i t uel proposeriez-vous pour per met t r e au plus grand nombre de r el ever les déf i s du changement de condi t i ons de v i e? DON BEeK : Eh bi en, i l s' agi rai t en par t i e, comme j e l'ai déj à di t , de r econnal t r e que des peuples dissemblables, ne se si t uant pas au même stade, devr ont adopt er des modes di f f ér ent s de s pi r i t ual i t é. Et, pl ut ôt que d'en f ai r e un obj et de risée et de mépris, not r e t âche est de les ai der à s' expri mer et à t raverser les aspects les plus posi t i f s et les plus sains de l eur propre mode s pi r i t uel , car ces modes sont nécessaires à cer t ai ns pal i ers de la spi ral e. Le cadre dont j e par l e comprend ces él ément s de pèl eri nage, d'avancée par essais et erreurs, de cr éat i on de nouveaux systèmes, de dépassement de l'ego, pour f ai r e t out ce qui est nécessaire af i n d' at t ei ndr e un niveau de pensée plus compl exe. Nous devons const rui re ces étapes et relais essentiels dans nos systèmes scolaires, dans l a vi e religieuse, dans la vi e communaut ai re t out ent i èr e, af i n de créer, comme l e di t Ken Wilber, " l a pr of ondeur la plus grande pour l ' étendue la plus l ar ge" . 5i nous arrivons à f ai r e ceci , l e respect et la mise en val eur de la nat ur e ext r aor di nai r e de l ' évol ut i on de la vi e el l e- même f er a peut - êt r e par t i e de la s pi r i t ual i t é du XXle siècle. Je pense qu' i l s'agira d'une r edéf i ni t i on de l ' espr i t selon les grandes lignes qu'Andrew Cohen et Ken Wi l ber évoquent dans leurs dialogues. On y t rouvera un respect cosmique de la f or ce de vi e el l e-même et du f ai t qu' el l e semble régie par une i nt el l i gence d'un aut r e ordre. Réfléchissez-y, les êtres humains n' aurai ent pu évol uer bi ol ogi quement si mpl ement avec 35 000 gènes : l e laps de temps ét ai t t r op cour t pour que la seule sél ecti on al éat oi r e arri ve à un t el r ésul t at . Les bactéri es, les virus, les gènes et les mèmes répondent à une dynamique non l i néai re, ce qui v eut di r e que lorsque l eur monde ext ér i eur menace leurs capacités i nt ér i eur es, i l s r éaj ust ent leurs codes. I l y a donc, dans t out e f or me de vie, un génie, une i nt el l i gence d' adapt at i on. Cet t e façon de comprendre ce qu'est la vi e el l e- même pour r ai t , parmi d'autres él éments, const i t uer la base d'une nouvel l e t héol ogi e ou d'une nouvel l e expression de la rel i gi on. Voilà pourquoi aut ant de physiciens et de philosophes de not r e époque par l ent à nouveau de Dieu - et i l ne s'agit pas du Dieu de l'Ancien Testament mais d'un t out aut r e concept spi r i t uel . WIE : Brian, quel genre de nouveau cadre moral, ét hi que et spi r i t uel prôneri ez-vous? BRI AN 5WI MME : Ce t er me de " c adr e" convi ent par t i c ul i èr ement bien car désormais, en occi dent , les anciens cadres sont brisés. En termes de valeurs, nous avons du mal à t r ouver un consensus. Nous n'avons conservé que l e plus pet i t dénomi~ateur commun, la consommation. C'est ça not r e monde! Alors que ser ai t un cadre neuf ? I l me semble que nous sommes dans la péri ode où nous découvrons ce nouveau cadre de l'univers dans l ' évol ut i on el l e- même. Vous l'avez tous les t r oi s ment i onné, c'est une révél at i on hi st or i que de la vi e, de l ' espr i t , ou de l'univers. Comme l e di t Peter 5enge, ce sera une science neuve. I l y a deux aspects. D'une par t , la prise de conscience de l ' évol ut i on à l ' échel l e cosmique. Nous avons mai nt enant c et t e vision ét onnant e de l'univers provenant d'une graine mystérieuse se dépl oyant pour ar r i ver à ce que nous sommes auj ourd' hui . Par c et t e approche empi ri que de la r éal i t é, i l devi ent évi dent que nous sommes reliés à t out et i mpl i qués en t out . Nous venons tous de la même graine, du même poi nt de dépar t . Ça, c'est la découver t e de la r éal i t é à grande échel l e. D'autre par t , dans la prof ondeur microscopique, la découvert e quant i que de la non sépar abi l i t é de l ' i nt ér i eur et de l ' extéri eur. Cela r ej oi nt ce que di sai t Peter. Nous comprenons mai nt enant que c et t e division ent r e l ' i nt er ne et l ' ext er ne n'est t out si mpl ement plus 35Les défis de not r e temps Provenance des articles de ce numéro de éveil & évol uti on bou 01 moral • Ar naud D J a r d i n . Artiel • Un dé a tre annoncé . . . (Morality b i t e ) : • À la r ch rch d' un nouv 11 • L Dal aï -Lama. concernant la qual i t é de vi e qu' i l cherche à épanouir. Et ces décisions ne sont pas prises si mpl ement pour les humains ou pour une soci été en par t i cul i er , mais pour t out e c et t e communauté pl anét ai r e pal pi t ant e et i nt ensément vi vant e. WI E : ( ' es t t r ès pr of ond. Donc, ce nouveau cadre devra met t r e en l umi èr e l e f ai t que, ayant créé l e passé, nous devrons cr éer l e f ut ur. Il devra nous r évél er non seul ement l e cont ext e global de l ' i ncar nat i on humaine au XXle siècle mais aussi son cont ext e év ol ut i f . ( omme vous l'avez si bien déc r i t , nous jouons tous un r ôl e cr uci al dans l e mouvement de l ' évol ut i on, r ôl e dont nous restons la pl upar t du temps inconscients. La t âche essenti el l e d'une nouvel l e s pi r i t ual i t é ser ai t de nous obl i ger à deveni r conscients de c et t e v ér i t é et de la responsabilité qui l'accompagne. Qui plus est, dans ce cont ext e, el l e engl ober ai t la visée s pi r i t uel l e i nt empor el l e - év ei l l er l e plus grand nombre possible à la v ér i t é ul t i me qu' i l n'y a qu'un êt r e et que nous sommes tous c et êt r e unique. De t out e évi dence, nous sommes arrivés à un poi nt où nos divisions dans nos conceptions de la vi e ainsi que dans nos f onct i onnement s exi st ent i el s doi vent , de t out e urgence, êt r e remises en question. Not re survie même en dépend. Au poi nt où nous en sommes, en ef f et , c'est une question v i t al e de cont empl er la si gni f i cat i on l i ée au f ai t d' êt r e un êt r e humain dans ce XXle siècle. ( ' es t ce qui ressort haut et c l ai r de c et t e conversation. Merci beaucoup à vous tous. Artiel ext rai t de WI E n° 22 Artiel ext rai t d WI E nO 23 (Are you ready to change now . ) • Tout 1 mond (Can God handle the 21 t century . ) : • Le d ' f i d notre t emp mai p r oon n eut c ha ng r • R' cit de tran formation v i abl e; c' ét ai t une i l l usi on qui a bien f onct i onné pour Newton et Descartes, mais une compréhension plus profonde de l'univers consiste à l e v oi r comme ff un tissu sans c out ur e" . Nous avons la nouvel l e vision d'un univers en dével oppement, sans di scont i nui t é depuis son origine. Nous sommes à tous les niveaux inclus dans l'ensemble. Et dans ce cadre, la not i on d' i ndi vi dual i t é ou, pouvons-nous di r e, de di scont i nui t é, const i t ue pour nous un déf i f ondament al . Nous avons c et t e i l l usi on que nous ne sommes pas reliés, que nous ne faisons pas par t i e de - ou que nous sommes séparés de - et nos systèmes économiques et pol i t i ques sont ent i èr ement fondés sur c et t e prémisse de séparation ent r e l ' humai n et l e reste du monde. ( ' es t un grand déf i de briser c et t e i l l usi on. WIE : ( ' es t une bel l e descri pt i on. ( ' es t l'essence de ce que nous appelons ffl'Éveil év ol ut i f " - qui consiste à transcender l'ego, l e sens de la séparation, au poi nt de di sparal t re dedans et ne f ai r e qu' un avec l e processus év ol ut i f l ui -même. BRI AN SWI MME : En ef f et , voi l à l e nouveau c adr e: nous prenons conscience que nous ne sommes plus des individus isolés, mais que nous constituons vr ai ment un ensembl e; nous sommes une f f modal i t é" de la t ot al i t é. Ainsi nous développons not r e capaci t é d'immersion dans l'ensemble - et j ' ai me bien la f or mul at i on de Don: au service de la vi e. Nous avons ce pouvoir qu'aucune aut r e espèce n'a - la conscience de soi humaine. Mais ce n'est pas pour les humains. Quand ce pouv oi r de conscience est mi s au ser vi ce du t out , nous, humains, devenons un chemi n par LequeL Le processus évoLut i f t out ent i er progresse vers une aut r e phase de sa pr opr e beaut é. À propos de dével oppement spi r i t uel , l e déf i présent est de deveni r ce que Teilhard de ( har di n appel ai t une f orme ffhominisée" du processus év ol ut i f . Teilhard a employé l e t er me ffhomi ni sati on" pour décr i r e comment l ' êt r e humain t r ansf or me des f onct i ons et pratiques préexistantes de la Terre. La Terre prend des décisions à chaque i nst ant . Elle f ai t des choi x - dans un sens large, c'est ce qu'on appel l e la sél ecti on nat ur el l e. Et quand l e choix humain s'y i ngèr e, i l y a explosion - i l s uf f i t de considérer l ' i mpact de t out es nos décisions sur la pl anèt e. La décision humaine a ffhominisé" l e processus de sél ecti on nat ur el l e - pour l e mei l l eur et pour l e pi re. La séLection nat ur el l e a ét é dépassée par Les humai ns. Dans ce cadre neuf , nous devons nous considérer ffcomme un c anal " par l equel l'univers prend des décisions fondamental es 36
Craig Hamilton - Les défis de notre temps - [PDF]
Table ronde avec Don Beck, Brian Swimme, and Peter Senge, animée par Adrew Cohen. Eveil et Evolution fait appel aux pionniers les plus évolués en géopolitique, cosmologie, management et spiritualité afin de nous aider à comprendre comment l'humanité peut avancer au milieu des multiples défis de notre époque
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