bet Saht Fis r Metissa Hoffman nt r ttLa mondialisation de l'humanité est un processus nat ur el , biolo- gi que, év ol ut i f . Pour t ant , nous sommes confrontés à une crise i mpor t ant e car l' économie, noyau de la mondialisation, est actuel- lement structurée d'une manière qui, violant gravement les princi- pes fondamentaux d'organisation des systèmes vivants sains, menace d' ent r aî ner l a f i n de t out e not r e civi lisation. " E. S. : The Biology of Globalization (La bio- logie de la mondialisation). Eli abet Sahtouri e t biologi te de l'évolution (docteur Ph.D.), futurologue, auteur, et"consultante en Hstructure des y tème vivant ". Elle donne de conférence dan de nombreux p a y , démontrant la pertinence des modèles biologiques natu- rels comme modèles de structure d'organi ation dan les entreprises, les gouvernement s e t le commerce planétaire. Elle a notamment publ i é : Earth Dance: Living y t f i in Evolution (La dan d la 11 I T : y t ' f i v i v a n t n ' v o l u t i o n ) , · Bi o l o g y R vi - sioned (La biologie revue et corrigée), en colla- boration avec Willis Harman. www.sahtouris.comWHAT I s ENLIGHTENMENT? ( WI E) • En ces t emps uni ques, nous som- mes c onf r ont és à des change- ment s sans pr éc édent dans presque t out es les di mensi ons de l' existence humaine - bi ol o- gique, sociale, pol i t i que, écono- mique, technol ogi que - et ceci , comme vous l ' avez éc r i t , a l i eu dans un cont ext e hi stori que de mou- vement vers une mondi al i sat i on écono- mique et sociale. En t ant que f ut ur ol ogue et biologiste de l ' évol ut i on, pouvez-vous décr i r e la nat ur e des changements gl obaux que nous vivons et les nou- veaux défi s et oppor t uni t és qu'ils nous pr ésent ent ? ELI SABET SAHTOURI S : Ce que j e const at e ac t uel l e- ment , dans l e mouvement de l'espèce humai ne vers la mondi al i sat i on sociale et économi que, est i dent i que à ce qui est déj à ar r i vé sur t er r e à presque t out es les aut - res espèces. Par exempl e, i l y a des mi l l i ar ds d'années, les anciennes bactéries, qui s' étaient livrées pendant des mi l l i ons d'années à une c ompét i t i on hos t i l e les mena- çant d' ext i nct i on, ont commencé à négoci er ent r e el l es pour f or mer des colonies i ncr oyabl ement coopérati ves. Dans l eur phase c ompét i t i v e, el l es av ai ent dével oppé des techniques élaborées comme l e mot eur él ect r i que, les plantes à énergie solaire, la pi l e nucléaire chauf f ant e et des i nf r ast r uct ur es ressemblant à des vi l l es que nous observons seulement maintenant avec nos derniers modè- les de microscope. Les minuscules archaebacteria, grâce à l eur mode de vi e et leurs techni ques spécialisées, ont ensuite créé l ' événement l e plus i mpor t ant survenu au cours de l ' évol ut i on t er r es t r e, après l eur émergence de la croûte mi néral e t er r es t r e: la cel l ul e à noyau - f or me de vie ent i èr ement nouvel l e, d'une t ai l l e un mi l l i er de fois plus grande que la bact ér i e i ndi vi duel l e. Cet t e cel - l ul e s'est f or mée parce que les bact éri es ont eu recours à la division du t r av ai l et ont légué chacune une par t de l eur génome au noyau de la nouvel l e cel l ul e. Ainsi, la c el l ul e à noyau - l ' uni que t ype de cel l ul e di f f ér ent de la bact ér i e à s'être jamais développé sur Terre - représente une uni t é d'ordre plus dével oppé que l a pr emi èr e, et el l e doi t sa naissance, après des ét er ni t és de tension et d' host i l i t é, à la réus- si t e de négociations et de coopérati on pour l ' évol uti on. Ce processus - où la tension et l ' hos t i l i t é ent r e i ndi vi - dus condui sent aux négoci at i ons puis f i nal ement à la coopér at i on per met t ant la f or mat i on d'une uni t é plus évoluée - demeure, à mon avis, l e ·processus évol ut i f de base de t out e f or me de vi e sur c et t e pl anète. Ce même cycl e a ét é suivi par les cellules à noyau, dans un pr emi er temps en compét i t i on les unes avec les aut- res, puis unies en créatures mul t i cel l ul ai res (ce que nous sommes). I l se r epr odui t mai nt enant pour la t roi si ème fois dans la mesure où nous autres humains mul t i cel l u- l ai res, en compét i t i on les uns avec les autres, sommes amenés à évoluer vers une nouvelle société appelée ttcel- l ul e" gl obal e ou mondi al e de nat ur e coopér at i ve, qui f onct i onner a à un niveau de compl exi t é et d' uni t é plus développé - niveau jamais at t ei nt par une aut re espèce que la nôt r e. Comme les anciennes bactéries, nous, les êt r es humains, sommes en t r ai n de passer d'une phase j uv éni l e, c ompét i t i v e et agressive à une phase mat ure de coopérat i on qui compl ét er a l e cycle. WI E : Quand vous parl ez i c i de gl obal i sati on, voulez- vous par l er de l'émergence d'un organisme ent i èr ement di f f ér ent , aussi di f f ér ent que la c el l ul e à noyau l ' ét ai t de la bac t ér i e? 9ES : Oui. Selon mon approche, la gl obal i sat i on ou la mondialisation est l ' événement l e plus i mpor t ant qui se soi t pr odui t depui s l ' appar i t i on de l a c el l ul e à noyau. Not r e économi e gl obal e, et plus génér al ement not r e famille globale, restera constituée d'individus, de familles et plus largement d'unités sociales déj à existantes, mais nous devrons ti sser ent r e nous de nouvelles formes de liens aujourd'hui imprévisibles. En f ai t , nous sommes en train de former un super organisme d'espèce capa- ble de se combi ner de façon coopérat i ve avec nos écosystèmes et les systè- mes vi vant s de la t er r e. Jus- qu'ici, dans not r e phase ado- l escent e de bât i sseurs d'empires (longue de di x mi l l e ans), nous avons épuisé de vastes quan- t i t és de ressources t er r est r es pour bât i r nos soci ét és, nos nations, nos ent repri - ses. Mais désormai s nous reconnaissons qu' i l f aut ar r êt er c et t e destruction en él aborant des al l i ances plus coopé- ratives : c'est not r e i mpéra- t i f bi ol ogi que et not r e uni que sol ut i on al t er nat i v e au sui ci de de l'espèce. WI E : D'après vous, que f audr a- t - i l pour que nous soyons plus nombreux à saisir la gr avi t é de la situa- tion ? Comment décririez-vous les facteurs qui pourrai ent nous i nc i t er à vr ai ment changer? ES : La dét ér i or at i on de l' atmosphère, la pol l ut i on des eaux (la guerre de l'eau a déj à commencé dans l e sillage de cel l e du pét r ol e) , l e dépérissement des sols par éro- sion et pol l ut i on chi mi que, l a pr ol i f ér at i on des armes nucléaires et biologiques, les poisons agri col es haut e- ment nocifs, et les plantes ou animaux "mani pul és". Les mani pul at i ons génét i ques ont déj à causé de t er r i bl es désastres au Canada, aux États-Unis, au Mexique, et ces bouleversements se propagent rapi dement dans l e reste du monde. Aux États-Unis, nous ne pouvons déj à plus gar ant i r la qual i t é " bi o" des cul tures biologiques de soja et de maois car l e pol l en issu des pl antes génét i quement modi f i ées (Organismes G.M.) vol e par t out et cont ami ne les c ul t ur es non " G. M. " . Au Mexi que, les réserves de ma"is sauvage soi gneusement pr ot égées des mal adi es menaçant les monocul t ur es sont à pr ésent t out es pol- luées par l e pol l en de maois " G. M. " . C'est un désast re absol ument majeur, mais les médias n'en f ont pas écho. Aux États-Unis, un chercheur a ét é renvoyé après av oi r démont r é que les organes des rats, y compris l eur cerveau, rétré- c i s s ai ent et pr enai ent l a consi st ance du c ui r si ces r at s av ai ent ét é nour r i s avec des pommes de t er r e génét i quement modi f i ées. Dans nos supermarchés [ aux USA], pl us de 60% des al i ment s sont dorénavant HG.M. " , sans obl i gat i on d'é- t i quet age et sans re- c her c he d' év ent uel s ef f et s secondaires sur nos enf ant s. Les ent r epr i ses al i ment ai - res se sont empressées de c r éer et de vendr e ces pr odui t s, avec grand enthousiasme, avant même de connal tre leurs ef f et s aussi bien sur les popu- l at i ons que sur les écosystèmes. Toutes les espèces t er - restres f ont échange d'A.D.N., mais elles savent ce qu'el- les f ont . Voyez-vous, l a nat ur e est f ondament al ement i nt el l i gent e, mais les sci ent i f i ques pensent pouvoi r t r ai - t er les génomes comme des mécaniques, t r onç onnant des gènes i c i et là pour les r ecol l er ai l l eurs comme s'ils r empl açai ent des écrous sur des machines. Les génomes ne f onc t i onnent pas ainsi. Si vous placez l e même gène chez six personnes dissemblables, i l s'exprimera de six manières di f f ér ent es. Le système est i nt el l i gent en t ant qu' ensembl e. L' i ngéni er i e génét i que a c ompl èt ement échoué lors des premi ers essais parce que les génomes ont i dent i f i é comme étrangers les gènes implantés et lesont r ej et és. Mais à présent, les sci ent i f i ques i nj ec t ent les gènes de force et s'arrangent pour les mai nt eni r en place avec de la " col l e ex t r a- f or t e" de façon à contrai n- dre l'organisme à les accepter. L'été dernier, j ' ai vi si t é une f er me hol l andai se où l'on f ai t des recherches t r ès intéressantes démont r ant comment l ' i mpl ant at i on d'un seul gène peut per t ur ber l' ensemble du système d'une plante. Il semble que l'organisme ent i er essaie de se pro- téger, un peu à la façon dont la chai r se dur c i t et r ougi t autour d'une écharde. W1E : Au vu de la si t uat i on c r i t i que que vous évoquez, quelles facul tés l ' êt r e humain dev r a- t - i l pr i or i t ai r ement développer pour y r épondr e? ES : Eh bi en, ce qui nous ar r êt e, c'est not r e système économique parce que son ét at d'esprit gagnant/perdant convi ent seul ement à une espèce j uv éni l e. Le capi t a- lisme c ompét i t i f est un système conçu pour concent r er les richesses aux mains d'une minorité, avec comme résul- t at i névi t abl e d'en pr i ver la vaste maj or i t é. Cet t e at t i - t ude aussi des t r uc t r i c e est l a conséquence de not r e i mpossi bi l i t é à r econnal t r e que nous sommes, en t ant qu'espèce, un système vi vant , t out comme l e sont nos corps i ndi vi duel s et nos f ami l l es. Notez, par exempl e, que les f ami l l es n' af f ament pas t r oi s enf ant s pour sur- al i ment er l e quat r i ème ou n'embellissent pas un coin du j ar di n en saccageant les t r oi s autres. Nous comprenons l e dét ai l des systèmes vi vant s, mais nous n'avons pas appris à consi dér er les systèmes plus larges, t el s que notre économie globale, comme des ensembles eux aussi vivants et égal ement en danger ! Nous ne nous reconnaissons pas en qual i t é de vaste sys- t ème v i v ant par mi les aut r es parce que nous ne com- prenons pas ces der ni er s . La sci ence a i nt er pr ét é l a nature en termes de physique et d' i ngéni eri e, la consi- dérant const i t uée de composants mécaniques. La plus i mpor t ant e i nnovat i on dont nous ayons besoin est une nouvelle vision sci enti fi que globale des systèmes vivants. Un modèle d'univers vi vant basé sur l e monde biologique est consti tué d'oligarchies auto-organisées et autorégu- lées, c'est-à-dire de systèmes clos imbriqués les uns dans les autres de façon i nterdépendante, tels qu'une cel l ul e, un organisme, une f ami l l e ou un écosystème. La gravi t é et l e rayonnement , l ' ent r opi e ( ét at de désordre crois- sant) et la néguentropi e ( ét at d'énergie croissant) sont en rapport d'équilibre cyclique, t out comme l'anabolisme (phase du mét abol i sme compr enant des phénomènes d'assimilation) et l e catabolisme (phase du métabolisme dans l aquel l e les échanges abouti ssent à l ' él i mi nat i on des déchets) - ou const i t ut i on et vi ei l l i ssement / r ecy- clage du tissu vi vant . Notre univers est beau et élégant. Cependant, i l est di f f i c i l e de changer la vision du monde cautionnée par les sci ent i f i ques: la vi ei l l e garde ne peut se per met t r e de compr endr e et d' admet t r e ces i nf or - mations, même bien étayées, au risque de voi r son uni- vers bouleversé. C'est comme d' at t endr e d'une cheni l l e qu' el l e s'enthousiasme à l ' i dée de se décomposer pour donner naissance à un papi l l on ! WI E : Donc vous dites que les facultés requises seraient t out d'abord de reconnal t re que not r e vision du monde actuel est dest ruct ri ce, et ensuite d'avoir l e courage d'a- bandonner c et t e façon de v oi r ? ES : Oui. Il est di f f i ci l e de créer quoi que ce soit de nou- veau dans l e monde vi vant sans générer chaos, per t ur - bation ou désintégration d'anciens systèmes. Notre situa- t i on act uel l e est t rès si mi l ai r e à cel l e d'une chrysalide dans laquelle se développe un papillon. Le système immu- ni t ai r e de la cheni l l e essaie encore de protéger sa forme i ni t i al e: à mon avis, not r e insistance pour nous accro- cher à l'âge du pét r ol e est du même ordre. Du poi nt de vue biologique, cela f ai t par t i e de la logique de l'ancien système de se pr ot éger aussi longtemps que possible. Par contre, la logique du nouveau système consiste à ras- sembler ses forces pour él aborer de nouvelles stratégies de défense et assurer sa vi ct oi r e . • 11