DOSSIER SPECIAL Le débat sur l’évolution Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’évolution et que les médias ne vous disent pas par la rédaction de WIE — Éveil & ÉvolutionLe VRAI débat sur l‘évolution OUS AVEZ LU LES JOURNAUX. Vous avez regardé les reportages à la télévision. Vous savez comment le débat sur l’évolution est toujours présenté. Darwin versus Dieu. Science versus religion. Évolution versus créationnisme. La raison et la rationalité versus la croyance et la foi. Voilà le débat auquel nous assistons ces derniers temps dans les médias et qui répand la consternation aux quatre coins des Etats- Unis, de France et d’Europe. Tandis que sur le champ de bataille des cultures, on tire à boulets rouges sur des boucs émissaires, les rédacteurs de cette revue pensent qu’il est temps de proposer une approche différente. En effet, sur les divergences en question, les médias nous offrent la plupart du temps un semblant de choix, une polarisation artificielle entre deux extrêmes. En fait, c’est un autre débat qui se joue derrière la scène, un débat plus large, plus subtil et bien plus profond. Et il ne s’agit pas seulement d’une controverse entre science et spiritualité : la controverse porte aussi sur le genre de science et le genre de spiritualité dont nous parlons. C’est donc avec cette idée en tête que notre équipe de rédaction a planché l’été dernier pour lancer le vrai débat sur l’évolution en répertoriant les théories, provenant aussi bien de la recherche spirituelle que de la recherche scientifique, qui nous invitent à redéfinir la nature du processus évolutif et à revoir nos conclusions sur nos origines, qui nous sommes, et vers quoi nous pouvons bien aller. Certes, il y a encore ceux qui affirment que tout ça n’est qu’un accident cosmique, et qu’il n’y a rien d’autre à ajouter, et puis ceux qui affirment que tout ceci a été parfaitement planifié par Dieu, et qu’il n’y a rien d’autre à en dire non plus. Pourtant, quelque part entre les deux options, il existe des idées neuves et passionnantes à même d’ébranler les bases de notre façon de comprendre la vie au 21e siècle. Ainsi, au lieu de deux catégories, nous en trouvons douze, au lieu d’un point de vue noir ou blanc nous découvrons tout un spectre de couleurs. Ces nuances dépeignent un tableau bien plus intéressant et plus stimulant, et surtout bien plus exact, de la façon dont l’évolution est perçue dans les cercles philosophiques, scientifiques et spirituels, et contribuent à définir l’avant- garde en matière de culture contemporaine. Il en ressort un fait remarquable pour notre époque : c’est que notre compréhension de la nature de l’évolution évolue elle-même, et que nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Il en résulte des changements radicaux dans la manière de percevoir le monde actuel et le monde à venir. C. P. Le VRAI débat sur l‘évolution Entre les néo-darwinistes d’un côté et les tenants du « dessein intelligent » de l’autre, il y a place pour au moins dix autres « écoles » de la pensée sur l’évolution. Nous en avons disposé ici la liste le long d’un spectre qui va des approches scientifiques aux approches spiritualistes, avec le matérialisme scientifique à l’extrême gauche et le déterminisme religieux à l’extrême droite. Dans ce schéma, plus un groupe de penseurs scientifiques se rapproche du centre du graphique, plus sa vision de l’évolution tend à intégrer la dimension dite spirituelle, et récipro- quement. Cette intégration est la plus manifeste chez les trois groupes situés au centre. L’évolution à travers les prismes de la science et de la spiritualité SOMMAIRE Les Néo-darwinistes Page 37 Les Darwinistes progressistes Page 38 Les Collectivistes Page 39 Les Théoriciens de la Complexité Page 40 Les Directionnalistes Page 41 Les Transhumanistes Page 42 Les défenseurs du Dessein Intelligent Page 43 Les Évolutionnistes Théistes Page 44 Les Évolutionnistes Ésotériques Page 45 Les Philosophes du Processus Page 46 Les Évolutionnistes Conscients Page 47 Les Intégralistes Page 48 Lire en ligne « Real Evolution Debate » (en anglais), avec des liens vers des interviews, des articles et plus : wie.org/evodebate 36 éveil & évolution 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12Le VRAI débat sur l‘évolution OUVRAGES DE REFERENCE La Sociobiologie (Wilson, 1975/87) Le Gène égoïste (Dawkins, 1976/78) Biophilia (Wilson, 1984) Darwin est-il dangereux ? (Dennett, 1995/2000) La Structure de la théorie de l’évolution (Gould, 2002/06) INFLUENCES Charles Darwin (1809–1882) Gregor Mendel (1822–1884) August Weismann (1834–1914) Thomas Hunt Morgan (1866–1945) Julian Huxley (1887–1975) R.A. Fisher (1890–1962) Theodosius Dobzhansky (1900–1975) Ernst Mayr (1904–2005) AUTEURS NOTOIRES Richard Dawkins Daniel Dennett Edward O. Wilson CE QU’ILS DISENT… La théorie de Darwin de l’évolution par sélection naturelle s’articulait autour de l’idée que certains traits d’un organisme favorisaient son adaptation à l’environnement et donc ses chances de reproduction puisqu’il survivait plus longtemps. Mais Darwin ne pouvait imaginer comment ces traits passaient d’une génération à l’autre. Il fallut attendre vingt ans après sa mort pour que le monde scientifique trouve une réponse en exhumant les découvertes de Gregor Mendel sur l’hérédité. Le croisement des idées de Darwin et de celles de Mendel aboutit à ce que les néo-darwinistes appellent « la théorie synthétique de l’évolution ». Elle dit que la sélection naturelle est le mécanisme de l’évolution, et que les gènes sont les unités sur lesquelles il opère. D’après les néo-darwinistes, la biodiversité et la nouveauté proviennent de mutations aléatoires dans le matériel génétique, conférant à l’organisme un avantage évolutif qui passe alors aux générations suivantes. Ainsi, l’évolution revient à une compétition entre les gènes pour la survie, ou à « l’égoïsme » de ces gènes, pour reprendre la fameuse formulation de Richard Dawkins. Dans les années 70, l’entomologiste Edward Osborne Wilson a créé une discipline nommée « sociobiologie » inspirée de ce modèle, arguant que le comportement humain est influencé par les gènes et par leur pulsion de reproduction. Dans les dix dernières années, certains néo-darwinistes ont cherché à tout ramener à cette perspective génocentrique, depuis la notion de conscience (Daniel Dennett) jusqu’à la tendance historique de l’espèce humaine à croire en Dieu (Dawkins). CE QUE CELA SIGNIFIE… Les répercussions du néo-darwinisme ont été extrêmement importantes. Pendant près d’un siècle, il a exercé une influence fondamentale sur toutes les autres théories de l’évolution, et il reste actuellement la référence aussi bien auprès de « l’establishment » scientifique que de l’idéologie dominante. Dans les dernières décennies, toutefois, cette ligne s’est vue attaquée sur deux fronts. D’un côté, des scientifiques ont objecté que la focalisation étroite des néo-darwinistes sur les mutations aléatoires et la sélection naturelle est très loin de pouvoir rendre compte des processus observés dans le monde naturel. D’un autre côté, de nombreux érudits des domaines religieux, tels que Huston Smith, critiquent les néo- darwinistes pour leurs conclusions antireligieuses, courantes dans leur ligne de pensée, et pour leur conviction insistante que tout mécanisme causal de l’évolution doit être matériel – ce qui, soulignent-ils, est une conclusion philosophique et non scientifique. Ce genre de critique gagne des partisans dans le champ de la culture générale. Le critique littéraire Leon Wieseltier, par exemple, a récemment écrit dans le New York Times : « Le scientisme, la vue selon laquelle la science peut tout expliquer de la condition et de l’expression humaines, mentales et physiques (…) est l’une des principales superstitions de notre temps. » L’évolution et la complexité biologique sont le produit de mutations aléatoires ainsi que de la sélection naturelle au niveau des gènes. Les Néo-darwinistes 1 IDEE CENTRALE Allons-nous quelque part ? Stephen Jay Gould (1941-2002), l’un des scientifiques les plus brillants et les plus passionnés du 20e siècle, est connu pour professer que la vie est un accident et que l’évolution n’est en aucun cas un processus directionnel. Ce point de vue a été de moins en moins partagé vers la fin de sa vie. Même des néo-darwinistes fameux comme Dennett et Wilson concèdent que l’évolution semble présenter une direction vers un accroissement de complexité. Gould soutenait néanmoins que nous devrions « abandonner le progrès ou la complexification comme principe central [de l’évolution] et envisager la forte possibilité que H. Sapiens n’est qu’un minuscule rameau tardif sur la foisonnante arborescence de la vie – un petit bourgeon qui, presque certainement, n’apparaîtrait pas une seconde fois si nous pouvions replanter la graine de ce buisson et la laisser repousser. » « Nous sommes des mécanismes de survie – des robots aveuglément programmés pour préserver les molécules égoïstes connues sous le nom de gènes. » Richard Dawkins LE SAVIEZ-VOUS ? 37 numéro quatreLes mécanismes génétiques sont beaucoup plus complexes que ce que l’on a cru ; en outre, nous savons maintenant qu’il existe plusieurs systèmes non génétiques d’hérédité qui influencent également le processus de l’évolution. Les Darwinistes Progressistes 2 IDEE CENTRALE CE QU’ILS DISENT… Au début des années 1990, les scientifiques ont découvert que toutes les formes de vie provenaient d’un nombre incroyablement limité de gènes. Les humains, par exemple, n’ont que 25000 gènes, et nous en partageons 60% avec les bananes. Comment se fait-il que nous ayons tant en commun avec un fruit ? Une discipline relativement nouvelle, nommée biologie du développement évolutif, ou « évo-dévo », étudie cette question (parmi bien d’autres) en examinant les rapports entre le développement d’un organisme, depuis l’embryon jusqu’à l’âge adulte, et les gènes de cet organisme. On a découvert, par exemple, que des séquences d’ADN apparemment aléatoires, traitées souvent de « déchets d’ADN » se comportaient comme des « doigts moléculaires » qui activent ou désactivent les gènes environnants au cours du développement. Ainsi, le « déploiement inépuisable de formes de toute beauté » qu’offre la nature, pour reprendre l’expression poétique de Darwin, semble s’opérer en partie par le fait de l’activation et la désactivation de différents gènes à différents moments, engendrant un nombre illimité de combinaisons et de modèles. En outre, de plus en plus de constats incitent à supposer que les organismes peuvent activer ou désactiver leurs gènes en réponse à leur environnement, et que la mémoire de cette activité génétique peut se transmettre aux générations suivantes. Ceci se produit dans le cadre de l’épigénèse, c’est-à-dire le transfert d’informations par les cellules et non les gènes – un mécanisme de l’hérédité parmi de nombreux autres, également susceptibles de jouer sur l’évolution, que découvrent les scientifiques progressistes. Récemment, on a proposé deux autres systèmes de l’hérédité à ajouter à l’ensemble génétique et épigénétique : comportemental et symbolique (le langage). CE QUE CELA SIGNIFIE… Le travail de ces chercheurs de pointe montre que la sélection naturelle opérant sur des mutations aléatoires de l’ADN n’est qu’une petite partie de l’histoire scientifique quand il s’agit d’expliquer l’évolution. L’incroyable diversité de la vie est le produit d’une interaction peut-être plus complexe, plus élégante et plus subtile qu’on imaginait, entre les gènes, les cellules, les générations et l’environnement. Des découvertes récentes ont conduit à une conclusion étonnante : les systèmes d’hérédité eux-mêmes évoluent ! Devant cette perspective, les scientifiques dits sérieux ne peuvent plus éviter de se poser de profondes questions telles que : des organismes pourraient-ils diriger leur propre évolution ? Le VRAI débat sur l‘évolution OUVRAGES DE REFERENCE Ontogeny and Phylogeny (Gould, 1977) The Origin of Animal Body Plans (Arthur, 1997) Shaping Life (Smith, 1998) From DNA to Diversity (Carroll, Grenier, et Weatherbee, 2001) La sculpture du vivant (Ameisen, 2003) Evolution in Four Dimensions (Jablonka et Lamb, 2005) Endless Forms Most Beautiful (Carroll, 2005) INFLUENCES Jean-Baptiste Lamarck (1744–1829) Etienne Geoffroy Saint-Hilaire (1772–1844) Ernst Haeckel (1834–1919) Jacques Monod (1910–1976) Edward B. Lewis (1918–2004) John Maynard Smith (1920–2004) Stephen Jay Gould (1941–2002) AUTEURS NOTOIRES Jean-Claude Ameisen Wallace Arthur Sean Carroll Eva Jablonka « Il nous vient une nouvelle humilité …. Les récentes découvertes montrent à quel point tout est complexe …. La conception populaire du gène comme simple agent causal n’est plus valable. » Eva Jablonka et Marion Lamb La morphogenèse La théorie de la morphogenèse, du biologiste Rupert Sheldrake, a été accueillie avec scepticisme et est considérée comme de la pseudoscience depuis les années 1980. Elle suppose que tous les organismes sont soumis à l’influence de champs de forme et influent sur eux en retour, ces champs non physiques étant constitués de la mémoire collective de leurs espèces. Toutefois, à mesure que les scientifiques améliorent leur compréhension sur la transmission des informations d’une génération à l’autre, notamment avec les nouvelles recherches sur la mémoire cellulaire (l’épigénèse), la science dominante se rapproche un peu plus du travail « hérétique » de Sheldrake. 2 Marion Lamb Bruce Lipton Stuart Newman Mary Jane West-Eberhard 38 éveil & évolution LE SAVIEZ-VOUS ?OUVRAGES DE REFERENCE L’Univers bactériel (Margulis, 1987/91) Unto Others (Wilson, 1998) Le Principe de Lucifer (Bloom, 1995/2001) Le Cerveau global (Bloom, 2000/03) INFLUENCES Konstantin Merezhkovsky (1855–1921) Andreas Schimper (1856–1901) Ivan Emmanuel Wallin (1883–1969) V.C. Wynne-Edwards (1906–1997) AUTEURS NOTOIRES Howard Bloom Lynn Margulis David Sloan Wilson CE QU’ILS DISENT… En 1966, Lynn Margulis publia un article de référence où elle avance qu’il y a des millions d’années les protozoaires ont acquis par symbiose les cellules végétales aptes à la photosynthèse, et que cette coopération a entraîné le développement d’une forme de vie entièrement nouvelle – les eucaryotes ou organismes multicellulaires. Cette chercheuse ainsi que son concept de « symbiogenèse » furent raillés par les néo-darwinistes, qui représentaient à l’époque le statu quo de la communauté scientifique, car la mise en évidence d’une coopération dans le domaine de la biologie contredisait directement leur théorie du « gène égoïste ». Durant vingt ans, Margulis combattit pour obtenir une reconnaissance, et sa ténacité finit par payer. Aujourd’hui, la notion de symbiogenèse, comme l’un des mécanismes de l’évolution, est enseignée dans la majorité des classes de biologie. Le constat de la coopération dans le monde vivant a également inspiré le travail de David Sloan Wilson, qui au début des années 1970 poussa les néo-darwiniens encore plus loin dans leurs retranchements en ressuscitant la théorie de la sélection de groupe – l’idée que les individus peuvent coopérer plutôt que rivaliser entre eux, et devenir des groupes sociaux qui sont « tellement intégrés fonctionnellement qu’ils deviennent de véritables organismes individuels de niveau supérieur ». D’après Wilson, la sélection naturelle n’a pas seulement lieu au niveau de l’ADN mais aussi au niveau de groupes d’animaux et même d’écosytèmes entiers – processus qu’il nomme « la sélection multi-niveaux ». Se référant au concept de sélection de groupe pour expliquer le développement de l’histoire et de la culture humaines, Howard Bloom, ancien publicitaire devenu théoricien hors norme, écrit : « L’évolution n’est pas seulement une compétition entre individus. C’est une compétition entre des réseaux, entre des sous-réseaux et entre des groupes d’âmes. » CE QUE CELA SIGNIFIE… Il faudrait chercher loin pour affirmer que Wilson ou Margulis parlent de direction, de but ou de spiritualité dans leurs travaux sur l’évolution. D. S. Wilson tend à réduire Dieu et la religion à des instincts biologiques, et Lynn Margulis partage de forts penchants naturalistes avec son ex-mari Carl Sagan. Ces deux chercheurs ont toutefois repoussé les limites conceptuelles en ce qui concerne les mécanismes de l’évolution, et ils ont été parmi les premiers à mettre en question l’orthodoxie régnante du néo-darwinisme. Les implications de leurs travaux sont profondes : en montrant que la coopération est un aspect fondamental de la nature de la vie et du processus de l’évolution, ils ont contribué à la rénovation des paradigmes au-delà des disciplines scientifiques, dans des domaines tels que la politique, la psychologie, la philosophie et les mouvements pour le changement social. Le VRAI débat sur l‘évolution L’évolution est conduite non seulement par la compétition entre les gènes mais aussi par la symbiogenèse, la coopération et l’altruisme entre les organismes. Les Collectivistes 3 IDEE CENTRALE L’architecture des systèmes vivants Elisabet Sahtouris, biologiste de l’évolution, futurologue et consultante en entreprise, se base sur les principes de coopération, d’altruisme et de symbiose, découverts en biologie, pour proposer de nouveaux modèles d’organisation, économiques et sociétaux, inspirés de ce qu’elle appelle « l’architecture des systèmes vivants ». À la différence de la plupart de ses collègues scientifiques, Sahtouris tient profondément compte du rôle de la conscience dans ses travaux, explorant les questions philosophiques et spirituelles pertinentes pour notre époque. Elle envisage « un scénario où la science peut ouvrir la voie à des solutions globales et peut nous aider à nous unir en une communauté mondiale florissante qui, je le crois, est le projet évolutif de la Terre pour l’Humanité. » « ne nions pas l’importance des mutations.Nous insistons plutôt sur le fait que l’on a donné une importance exagérée et dogmatique aux mutations aléatoires, qui ne représentent qu’une petite partie de la saga de l’évolution. La plus grande partie de l’histoire de l’innovation évolutive, la réunion symbiotique des organismes …. a été systématiquement ignorée par des biologistes qui se sont autoproclamés spécialistes de l’évolution. » LE SAVIEZ-VOUS ? Lynn Margulis 39 numéro quatreL’évolution n’a pas lieu simplement par le biais de la sélection naturelle ou d’un « bricolage » aléatoire, mais grâce à l’aptitude de systèmes complexes dynamiques à produire spontanément des formes supérieures d’ordre. Les Théoriciens de la Complexité 4 IDEE CENTRALE CE QU’ILS DISENT… L’avènement dans les années 1950 des calculs mathématiques assistés par ordinateur eut des effets inattendus sur la théorie de l’évolution en marquant l’essor de ce que l’on nomme la science de la complexité. Celle-ci put repérer les schémas que suivent les interactions complexes et dynamiques entre systèmes. Ces nouvelles mathématiques permirent aux biologistes de modéliser en bonne approximation la complexité naturelle – résultats que les modèles néo-darwiniens étaient bien en mal de fournir. Selon ces théoriciens de la complexité, tout co-évolue. Et en étudiant des systèmes entiers, ils découvrirent quelque chose de véritablement impressionnant : quand un type particulier de système dynamique tend vers le chaos et le déséquilibre, il se transforme spontanément en une structure plus complexe et plus intégrée. Dans ce processus d’ « auto-organisation » ou « émergence », quelque chose apparaît qui est plus que la somme de ses parties et qui fonctionne avec une plus grande autonomie. De nouvelles potentialités apparaissent : des particules agitées deviennent des atomes ; des bactéries stressées forment des cellules ; et le même mécanisme continue de fonctionner jusqu’à l’évolution culturelle humaine et la formation d’une macro-économie. La science de la complexité, pensent-ils, pourrait même peut-être détenir la clef du plus grand mystère de l’évolution – comment quelque chose peut émerger de rien puis créer tout. Comment cela arrive est loin d’être clair, mais le fait que cela arrive est maintenant incontestable. CE QUE CELA SIGNIFIE… La découverte des propriétés émergentes de la matière a excité les plus grands esprits de toutes les disciplines scientifiques. Malgré de sévères dissensions, ils s’accordent pour conclure, comme l’a écrit le physicien Paul Davies, que « La science est en principe à même d’expliquer l’existence de la complexité et de l’organisation à tous les niveaux, y compris la conscience humaine. » Cependant la capacité du cosmos à tirer sans fin du chaos de nouvelles figures d’ordre et de beauté provoque une fascination presque religieuse chez les scientifiques les plus endurcis. Certains semblent adopter une position panthéiste – selon laquelle le monde naturel avec tous ses miracles est « Dieu ». Mais la plupart d’entre eux contestent qu’il y ait quoi que ce soit de mystique dans toute cette affaire. Stuart Kauffman, par exemple, biologiste théoricien, déclare avec force que c’est « éminemment non mystérieux ». Mais lui-même et d’autres tiennent les processus naturels en si haute estime qu’ils font de l’évolution la nouvelle source des principes éthiques pour guider le comportement humain, en place d’un Dieu transcendant. Le VRAI débat sur l‘évolution OUVRAGES DE REFERENCE At Home in the Universe (Kauffman, 1995) Evolution: The General Theory (Laszlo, 1996) Holistic Darwinism (Corning, 2005) Epic of Evolution (Chaisson, 2006) How the Leopard Changed Its Spots (Goodwin, 1994) INFLUENCES Julian Huxley (1887–1975) Warren McCulloch (1899–1969) Ludwig von Bertalanffy (1901–1972) Ilya Prigogine (1917–2003) « L’auto-organisation est peut-être la pré-condition de l’évolutivité elle-même. Seuls les systèmes capables de s’auto-organiser spontanément semblent avoir la possibilité d’évoluer plus avant. Nous avons parcouru un bon bout de chemin depuis le simple principe de sélection [naturelle] qui faisait seul le tri des variations les mieux adaptées. L’évolution est bien plus subtile et bien plus merveilleuse. » Complexité mystique Pourquoi le processus d’émergence conduit-il à une conscience et une intelligence accrues ? Selon Ervin Laszlo, fondateur du Groupe de recherche sur l’évolution générale, nous pouvons répondre à cette question en jetant un regard neuf sur la sagesse la plus ancienne pour considérer ce qu’il appelle le « champ A ». Il s’agit du champ « Akashique », du mot sanscrit akasha signifiant « éther » ou « espace qui est dans tout ». Dans la philosophie hindoue, l’Akasha, dont le sens premier était « rayonnement », était considéré comme la dimension d’où émergent tous les éléments. Laszlo affirme que les récentes découvertes en physique du vide corroborent l’existence de ce domaine « mystique ». Il pense que le champ A est la source cachée de l’information qui guide l’évolution. Cette thèse représente une intégration innovante des sagesses orientale et occidentale, qu’il dénomme ambitieusement une nouvelle « théorie du tout ». AUTEURS NOTOIRES Eric Chaisson Peter Corning Paul Davies Brian Goodwin Stuart Kauffman Ervin Laszlo David Loye Melanie Mitchell Lee Smolin Stuart Kauffman 40 éveil & évolution LE SAVIEZ-VOUS ?OUVRAGES DE REFERENCE The Moral Animal (Wright, 1995) Evolution’s Arrow (Stewart, 2000) Nonzero (Wright, 2000) A l’écoute du vivant (Christian de Duve, 2002) Life’s Solution (Morris, 2003) Biocosm (Gardner, 2003) Science et quête de sens (Jean Staune, 2005) INFLUENCES Henri Bergson (1859–1941) Pierre Teilhard de Chardin (1881–1955) AUTEURS NOTOIRES Christian de Duve Simon Conway Morris James Gardner Jean Staune John Stewart Robert Wright CE QU’ILS DISENT… Chacun de ces théoriciens ou auteurs de synthèses, dont les travaux s’inspirent diversement des nombreux courants de la science et de la philosophie de l’évolution modernes, insiste sur la même notion de base : l’évolution, loin d’être aléatoire et sans orientation, est visiblement directionnelle. Au long du parcours de l’histoire biologique et culturelle, ils décèlent de nettes courbes ascendantes vers de plus en plus d’interaction coopérative, une complexité de plus en plus riche, et des réseaux toujours plus étendus d’interdépendance à tous les niveaux, du gène à la cellule à l’organisme à la société. Comme l’exprime le psychologue de l’évolution Robert Wright, l’émergence de la vie et de l’intelligence à partir du limon primitif, si elle ne fut pas tout à fait préordonnée divinement, fut néanmoins « tellement probable que cela inspire l’émerveillement ». CE QUE CELA SIGNIFIE… S’appuyant sur le cadre néo-darwinien mais en tirant des conclusions radicalement différentes sur la nature du processus évolutif, les Directionnalistes se distinguent très nettement de tous ceux qui cherchent à réduire l’épopée de l’évolution à une simple question de gènes égoïstes et d’accidents cosmiques. Pour ce groupe diversifié de chercheurs de l‘évolution, la reconnaissance d’une direction de l’évolution a des répercussions bien au-delà de la biologie. « Nous voilons le débat », écrit le fameux paléontologue britannique Simon Conway Morris, « si nous omettons de reconnaître que le processus de l’évolution a des implications métaphysiques pour nous. » Pour parler clair, les Directionnalistes sont des penseurs scientifiques et pas du tout religieux. Si certains s’inspirent de philosophes mystiques de l’évolution tels que Henri Bergson et Pierre Teilhard de Chardin, ils sont loin d’être eux-mêmes des mystiques. « Même s’il y avait une preuve, dit Wright, que l’évolution est téléologique – un processus répondant à un but, un dessein –, nous serions encore bien loin de la vision du monde de Teilhard de Chardin, un scénario complet avec un Dieu et une fin heureuse ». Mais c’est justement en maintenant leur argumentation dans les strictes limites de la science qu’ils ont pu ouvrir la porte à une avancée, et faire de la place, au sein même de l’orthodoxie réductionniste, matérialiste et athée, à une vision de l’évolution qui peut commencer à transcender ces trois définitions. Le VRAI débat sur l‘évolution Même si nous n’en avons pas la preuve exacte, il semble que le processus d‘évolution, qui progresse vers une coopération et une complexité de plus en plus plus étendues et profondes, soit façonné par une forme de but ou de dessein. Les Directionnalistes 5 IDEE CENTRALE Le biocosme égoïste Pourquoi les lois physiques de l’univers sont-elles si parfaitement – et étrangement – orientées vers l’émergence de la vie intelligente ? C’est la question que le juriste, écrivain scientifique et théoricien de la complexité, James Gardner, pose dans son ouvrage Biocosm, pour répondre par de brillantes spéculations cosmiques, vertigineuses mais limpides. On pourrait l’étiqueter « Directionnaliste avec attitude ». Son « biocosme égoïste » surpasse la théorie de Richard Dawkins en supposant que, pareil à un « gène égoïste » super massif, l’univers tout entier est commandé par la pulsion toute matérielle de se reproduire. James Gardner emmène ainsi la recherche d’une grande horlogerie ou d’un projet global aussi loin qu’il est possible sans s’aventurer sur le terrain spirituel. «Comment [pouvons-nous] négliger les preuves – ou au minimum l’apparence – d’une direction de l’évolution ? Tout suggère que la force de l’évolution propulse la vie inexorablement vers toujours plus de complexité, de diversité, de maîtrise sur son environnement, et finalement de conscience. » James Gardner 41 numéro quatre LE SAVIEZ-VOUS ?42 éveil & évolution Les êtres humains doivent prendre le contrôle de leur évolution continue – en premier lieu par la bio- ingénierie, la cybernétique, la nanorobotique et d’autres technologies. Les Transhumanistes 6 IDEE CENTRALE CE QU’ILS DISENT… Les Transhumanistes, qui souvent se nomment eux-mêmes « les H+ » (Humains Plus), constituent un groupe éclectique d’individus rassemblés par la conviction que l’évolution biologique s’arrête à un certain stade chez les êtres vivants. Le progrès de l’évolution humaine, pensent-ils, dépend désormais de chacun de nous et consiste à confisquer à la régente mère Nature les rênes de notre destinée commune pour prendre consciemment le contrôle du processus – par tous les moyens techniques concevables. Inspiré par l’essai de Julian Huxley, « Transhumanism » (1957), qui estampilla l’appellation, ce courant révère les valeurs et croyances de l’humanisme classique, telles que l’athéisme, mais reproche aux humanistes de ne pas prendre en compte la façon dont les technologies émergentes transforment la définition même de l’humain. D’après Max More, pionnier de cette tendance, ces avancées scientifiques comprennent, sans s’y limiter, « la neuroscience, la neuropharmacologie, la prolongation de la vie, la nanotechnologie, l’ultra-intelligence artificielle et l’habitat spatial ». Les Transhumanistes pensent qu’en améliorant notre corps, nos fonctions mentales et notre environnement socioculturel par de tels outils « techno-utopiques », l’humanité se créera un nouveau niveau de sens et d’objectifs, et un monde unifié dans un élan permanent vers le progrès et le possible. « Tout comme l’humanisme nous a libérés des chaînes de la superstition, faisons en sorte que le transhumanisme nous libère de nos chaînes biologiques », exhorte l’essayiste Simon Young. Où nous mènera ce genre de liberté ? Des chercheurs tels que Ray Kurzweil et Frank Tipler considèrent que la fin ultime de l’évolution humaine est la maîtrise complète de toute la matière et l’énergie de l’univers. CE QUE CELA SIGNIFIE… Les néo-darwinistes, à l’égal des autres espèces de théoriciens de l’évolution, font bailler les Transhumanistes : ils nous adjurent de prendre notre sort en mains. Débordant d’optimisme et mettant toute leur foi dans le pouvoir de la science pour remédier à tous nos maux, ils suscitent inquiétude et prudence à côté de l’espoir et de l’émerveillement. Matérialistes jusqu’au bout des ongles, ils sont fréquemment critiqués pour ne pas sourciller devant les conséquences éthiques de sujets comme le clonage humain, l’immortalité biologique et le développement technologique accéléré. À ceux qui leur font ce reproche, ils répondent que repousser les limites est le propre de la vie. Hugo de Garis, concepteur de cerveaux artificiels, commente : « L’idée de créer des créatures semblables à des dieux me remplit d’un émerveillement religieux jusque dans les profondeurs de mon âme, ce qui me motive puissamment à continuer dans cette ligne, en dépit de la possibilité de terribles conséquences négatives. » Le VRAI débat sur l‘évolution OUVRAGES DE REFERENCE Le Meilleur des Mondes (A.Huxley, 1932/1956) Man into Superman (Ettinger, 1962) Neuromancien (Gibson, 1984/1988) Robot (Moravec, 1999) Our Posthuman Future (Fukuyama, 2002) The Singularity Is Near (Kurzweil, 2005) Radical Evolution (Garreau, 2005) Designer Evolution (Young, 2006) INFLUENCES Pierre Teilhard de Chardin (1881–1955) Julian Huxley (1887–1975) Aldous Huxley (1894–1963) Alan Turing (1912–1954) Isaac Asimov (1920–1992) Marvin Minsky (1927–) Philip K. Dick (1928–1982) FM-2030 (1930–2000) « Même si la version 2.0 du corps humain est un vaste programme déjà en marche, qui aboutira finalement à un système radicalement nouveau de performances physiques et mentales, sa mise à jour ne se fera que pas à pas, par incréments et progrès minimes. » AUTEURS NOTOIRES Nick Bostrom Hugo de Garis Robert Ettinger James Hughes Ray Kurzweil Hans Moravec Max More David Pearce Natasha Vita-More Simon Young Ray Kurzweil43 numéro quatre OUVRAGES DE REFERENCE The Mystery of Life’s Origin (Thaxton, 1984) Darwin on Trial (Johnson, 1991) Darwin’s Black Box (Behe, 1996) No Free Lunch (Dembski, 2001) INFLUENCES Dean Kenyon ( c. 1940– ) William Paley (1743–1805) Michael Polanyi (1891–1976) AUTEURS NOTOIRES Michael Behe William Dembski Phillip Johnson Stephen Meyer Charles Thaxton CE QU’ILS DISENT… Le « Dessein intelligent » (D. I.) a gagné en popularité aux États-Unis comme alternative au créationnisme aussi bien qu’au darwinisme. Selon le biologiste Michael Behe, la preuve de l’existence d’un concepteur repose dans la complexité « irréductible » des systèmes biologiques, constitués de centaines d’éléments fonctionnels coopérant entre eux, tels que les enzymes et les anticorps. Behe et d’autres croient que ces systèmes complexes ne peuvent pas avoir été produits par la sélection naturelle parce que si l’une quelconque des parties du système avait été défectueuse au cours du processus d’évolution, le système dans son ensemble n’aurait pas pu être fonctionnel et n’aurait donc pas offert d’avantages évolutifs.On devrait donc déduire, dit Behe, que ces systèmes « ont été planifiés. Le concepteur savait à quoi ressembleraient les systèmes une fois achevés, et il a procédé par étapes progressives pour former ces systèmes. » Les tenants du D. I. invoquent également une version du principe anthropique, affirmant que les lois de la physique sont si étroitement ajustées pour l’apparition de la vie qu’elles ne pourraient pas être issues du hasard. CE QUE CELA SIGNIFIE… À l’instar des Néo-darwinistes, les défenseurs du Dessein Intelligent sont critiqués sur deux fronts, scientifique et théologique. La communauté scientifique les accuse de glisser des concepts chrétiens sous prétexte d’une alternative scientifique au néo-darwinisme, alors que le D. I. n’a pas encore apporté de preuves scientifiques directes à ses allégations. Beaucoup de théologiens, d’ailleurs, estiment que la conception d’un créateur, tel qu’envisagé par le D. I., est limitée et peu inspirante. Le théologien et chercheur John Haught, par exemple, écrit : « [Au moins la théorie de l’évolution] nous fait concevoir Dieu comme la source de la nouveauté (…) et non pas seulement comme la source de quelque ordre humainement idéalisé. Même les innombrables adaptations imparfaites que l’on trouve dans la fresque darwinienne de la vie, si scandaleuses aux yeux des défenseurs du Dessein, peuvent nous amener à ressentir de façon plus palpable que l’univers est encore en création. » Malgré ces critiques sérieuses, la presse populaire aux États-Unis et en Europe se complaît à dépeindre le mouvement du Dessein Intelligent comme représentatif de tous les points de vue religieux sur l’évolution, de même qu’elle se réfère au néo-darwinisme comme représentant tous les points de vue scientifiques, bien qu’aucune de ces représentations ne soit vraie. Le VRAI débat sur l‘évolution Les défenseurs du Dessein Intelligent 7 IDEE CENTRALE « La première chose que l’on comprenne est que la théorie darwinienne n’est pas vraie. Elle est falsifiée par rapport aux faits et sa logique est défaillante. Quand on s’en aperçoit, la question qui vient est : bon, alors, où va-t-on trouver la vérité ? … Je commence par Jean 1, 1. Au commencement était le Verbe. Au commencement était l’intelligence, l’intention et la sagesse. La Bible ne s’est pas trompée sur ce point. Et les scientifiques matérialistes se font des illusions. » Les Aliens s’en mêlent ? Les défenseurs du Dessein Intelligent supposent souvent une déité transcendante guidant la vie sur Terre, mais certains d’entre eux croient à l’intervention d’autres sources d’intelligence. Des « êtres avancés » – venus de l’espace lointain, d’une dimension parallèle ou encore du futur – seraient les véritables procréateurs de l’espèce humaine, ayant modifié notre ADN depuis au moins le temps de Cro-Magnon. Certains auteurs, y compris le physicien Paul Davies, pensent que nous pourrions même trouver des indices d’une telle intervention « étrangère », inscrits comme une carte de visite dans les profondeurs de la structure de notre code génétique. Certains traits de l’univers et de la complexité de la vie sur Terre s’expliquent mieux par l’intervention d’un concepteur cosmique ou d’un agent intelligent, que par un processus indirect tel que la sélection naturelle. LE SAVIEZ-VOUS ? Phillip Johnson44 éveil & évolution Les Évolutionnistes Théistes 8 IDEE CENTRALE Le VRAI débat sur l‘évolution INFLUENCES Alfred Russel Wallace (1823–1913) Theodosius Dobzhansky (1900–1975) Sir John Eccles (1903–1997) L’influence de Templeton Si la recherche scientifique devait se concentrer sur « les réalités spirituelles » plutôt que sur le monde physique, la connaissance qui en résulterait pourrait-elle catapulter l’humanité en avant ? C’est sur cette possibilité que Sir John Templeton parie son argent. Ce chrétien de quatre-vingt treize ans, financier et philanthrope, pense que la science pure et dure appliquée aux grandes questions de la vie est la bonne clé du progrès humain. Il a investi de fortes sommes dans la recherche, créant des disciplines toutes neuves telles que l’étude rationnelle des prières, de l’altruisme et de l’amour inconditionnel. S’il vous est arrivé récemment de lire un article traitant des sciences de l’Esprit, il y a des chances pour qu’il s’appuie sur des recherches menées grâce aux fonds de Sir John. OUVRAGES DE REFERENCE Evolution: The Disguised Friend of Faith? (Peacoke, 2004) Exploring Reality (Polkinghorne, 2005) The Language of God (Collins, 2006) God’s Universe (Gingerich, 2006) AUTEURS NOTOIRES Francis Collins Freeman Dyson Owen Gingerich Kenneth Miller CE QU’ILS DISENT… Le nombre des personnes appartenant à ce camp, surtout des progressistes de confession chrétienne et juive, s’accroît à la mesure de l’étonnement admiratif que suscitent les dernières découvertes sur l’évolution chez les scientifiques. Un certain nombre d’entre eux, tels que Francis Collins, directeur du Projet Génome Humain, sont des scientifiques « établis », qui ont démarré comme agnostiques (au mieux) puis se sont sentis emportés par l’évidence d’une direction et d’un but dans l’univers. S’il n’est pas rare à notre époque de valoriser à la fois la raison scientifique et la foi religieuse, les Évolutionnistes Théistes s’intéressent activement à la façon dont l’une éclaire l’autre. Héritiers intellectuels de Francis Bacon et d’Isaac Newton, qui ont lancé la révolution scientifique des 17e et 18e siècles, ils considèrent qu’ils utilisent l’intelligence que leur a donné Dieu pour déchiffrer la gloire divine révélée par la nature. La plupart d’entre eux voient l’admirable harmonie du cosmos, qui a permis l’émergence spontanée de la vie, comme un événement miraculeux attestant de l’influence de Dieu sur la création. Pour eux, le raisonnement scientifique est un moyen d’approfondir la foi spirituelle, et leur foi confère un sens plus grand à l’exercice de la raison. CE QUE CELA SIGNIFIE… Lorsque les médias de l’idéologie dominante se penchent sur la possibilité d’autres courants que la seule polarisation Néo- darwinisme versus Dessein Intelligent, ils se tournent souvent vers les Évolutionnistes Théistes pour élargir l’éventail des vues. En conservant la foi en un Dieu mythique omnipotent d’un côté, et de l’autre une croyance profonde dans la rationalité scientifique, ces penseurs, plutôt que créer une nouvelle synthèse, veulent tirer le meilleur de la science et de la religion traditionnelles. Beaucoup d’entre eux travaillent à réconcilier un Dieu de miracles avec la logique rationaliste de la science. Un petit nombre explore les hypothèses scientifiques les plus récentes, théories quantique, de la complexité ou des cordes, pour expliquer des miracles bibliques. Mais en fin de compte, lorsque le conflit est patent entre le miraculeux inexplicable – tel que la résurrection du Christ – et le purement rationnel, ils s’inclinent devant un Dieu dont nous ne pourrons jamais totalement comprendre les voies. « La science et la religion sont deux fenêtres par où l’on regarde pour essayer de comprendre le grand univers qui nous entoure, pour essayer de comprendre pourquoi nous sommes ici. Ces deux fenêtres offrent des vues différentes, mais elles donnent sur le même univers. Les deux (…) sont dignes de respect. » Freeman Dyson Les processus évolutifs de la sélection naturelle et des mutations aléatoires ne sont pas contradictoires avec la foi en un Dieu ordonnateur de toute existence. En fait, la science et la religion regardent deux aspects différents et complémentaires de la réalité. Arthur Peacocke John Polkinghorne Joan Roughgarden Sir John Templeton LE SAVIEZ-VOUS ?45 OUVRAGES DE REFERENCE La Doctrine secrète (Blavatsky, 1888) La Science occulte (Steiner, 1909) L’Occulte (Wilson, 1973/1998) La genèse du surhomme (Satprem, 1974) Cosmos and Psyche (Tarnas, 2006) AUTEURS NOTOIRES Oberto Airaudi Patrizia Norelli-Bachelet Satprem Richard Tarnas Colin Wilson CE QU’ILS DISENT… En 1877, une femme russe peu connue, Helena Petrovna Blavatsky, fondatrice de la Théosophie, publiait son premier livre, Isis dévoilée, qui attaquait le consensus scientifique régnant sur l’évolution en proposant une thèse peu recevable : c’est la conscience, et non la matière qui est la composante fon- damentale du cosmos, et l’évolution physique n’est qu’une petite part d’un processus métaphysique bien plus large. Le travail ambitieux de Blatavsky, qui devint très populaire en son temps, offrait un étrange cocktail d’idées – certaines présentant une étrange prescience, d’autres carrément bizarres. Elle contribua à un changement de décor culturel propice à une nouvelle catégorie de penseurs de l’évolution. Pour ces Évolutionnistes Ésotériques, l’évolution est un processus qui se déploie selon des lois métaphysiques ou structures ou archétypes secrets, enfouis dans les fonctions de la conscien- ce. Beaucoup de ces penseurs produisirent des descriptions élaborées des royaumes métaphysiques, voyant une évolution ascendante à travers une suite de « corps » (physique, astral, éthérique, causal, etc.) ou chakras ou plans ou niveaux de conscience. Leurs cartographies détaillées et leur con- ception de stades d’évolution devaient beaucoup à la sagesse traditionnelle, aux néoplatoniciens et aux anciennes traditions ésotériques. Malgré leur tendance évolutionniste, beaucoup de ces doctrinaires, pas- sés et contemporains, sont influencés par les anciennes conceptions d’un cosmos cyclique : pour eux, tout ce qui évolue dans l’univers doit avoir été auparavant involué, ou impliqué de façon latente dans la matière. On peut d’ailleurs noter que certains courants de pensée en sciences physiques théo- risent des univers multiples et supposent que l’évolution connue peut faire partie d’un cycle plus vaste d’involutions et évolutions cosmiques. CE QUE CELA SIGNIFIE… Même si l’on peut ranger des penseurs contemporains dans la catégorie des Évolutionnistes Ésotériques, cette appellation désigne tout une gamme d’idées qui a fleuri au 19e et 20e siècles et a eu une énorme influence sur notre culture spirituelle postmoderne. Jusqu’à récemment l’expression « évolution de la conscience » était souvent associée aux idées des évolu- tionnistes ésotériques. A certains égards, ces penseurs chevauchent la ligne qui sépare les théories modernes et pré-modernes, défendant une compréhension ra- tionnelle de l’univers tout en adhérant à des notions occultistes, mythiques ou rejetées par la science, telles que la numérologie (Norelli-Bachelet), l’astrologie (Tarnas), ou la physique ésotérique (Airaudi). À la différence des autres écoles modernes de la pensée évolutionniste, leur métaphysique tend à être plus englobante, leurs recherches se basent plus sur l’intuition ésotérique que sur l’investigation empirique, et ils croient plus volontiers au déterminisme. Ces traits les distinguent de certaines conceptions récentes de l’évolution, comme celles de Alfred North Whitehead ou de Ken Wilber, qui insistent sur l‘imprévu et la créativité, laissant plus de champ à la sur- prise et à la nouveauté dans le processus d’évolution. Le VRAI débat sur l‘évolution L’évolution est un processus à la fois physique et métaphysique, qui répond à des schémas cachés qui se développent dans la conscience et dans la matière. Les Évolutionnistes Ésotériques 9 IDEE CENTRALE « Tout sur Terre est sujet aux lois de l’évolution, et c’est spécialement vrai de l’âme humaine. » Rudolf Steiner INFLUENCES Sri Aurobindo (1872–1950) Alice Bailey (1880–1949) Madame Blavatsky (1831–1891) Richard Bucke (1837–1902) Jean Gebser (1905–1973) C.G. Jung (1875–1961) La Mère (1878–1973) P.D. Ouspensky (1878–1947) Rudolf Steiner (1861–1925)Dieu n’est pas un créateur statique en dehors du temps et de l’espace mais la dimension, dynamique et créatrice, du processus d’évolution dans le temps et l’espace. Les Philosophes du Processus 10 IDEE CENTRALE CE QU’ILS DISENT… Les Philosophes du Processus regardent l’univers d’un point de vue que l’on pourrait décrire comme une « plongée de haut en bas ». Inspirés du grand mathématicien et philosophe anglais Alfred North Whitehead, ils rejettent la tendance scientiste à réduire tout de la nature à ses composants maté- riels les plus élémentaires, cherchant à intégrer science et esprit en une nou- velle compréhension de Dieu – ainsi qu’en une vision nouvelle de l’évolution. « [Whitehead] a dit que si l’on veut connaître les principes généraux de l’existence », écrit le philosophe « intégraliste » Ken Wilber, l’un de ses fervents admirateurs dont le nombre va croissant, « il faut partir d’en haut et utiliser les occasions* les plus élevées pour éclairer celles d’ordre inférieur, et non pas procéder en sens inverse. » Pour Whitehead, l’occasion la plus élevée était Dieu, et Dieu peut s’interpréter comme un principe actif dans l’univers manifesté – principe qu’il a nommé « l’avancée créatrice dans la nouveauté ». Cette pulsion cosmique fondamentale vers la nouveauté, a-t-il dit, a toujours été profondément mêlée au processus de l’évolution, appelant sans cesse les événements du monde à toujours plus de beauté, de variété et de complexité. L’emphase mise sur la nouveauté et le divin ne signifie aucunement un re- jet de la science ; au contraire, ces penseurs innovants voient l’effet divin « non comme une violation des processus normaux de causalité », explique le théo- logien David Ray Griffin, « mais comme l’une de ses dimensions permanentes ». Ils maintiennent que le cours de l’évolution suit les relations de cause à effet tout en étant constamment infusé de la promesse de nouvelles possibilités, et étant toujours, à tous les niveaux, sujet à quelque degré de liberté. *Dans le système de Whitehead, les éléments fondamentaux de la réalité se nomment « occa- sions actuelles », soit des moments discrets (discontinus) d’expérience qui participent toujours au processus du devenir. CE QUE CELA SIGNIFIE… En faisant descendre Dieu de cieux immobiles pour le planter en plein milieu de l’univers en création, les Philosophes du Processus ont redéfini la relation entre la nature et le divin, et entraîné un vaste changement dans la philoso- phie et la théologie du 20e siècle. Même s’ils brillent par leur absence dans la presse populaire, leur influence ne cesse de grandir parmi les penseurs qui rassemblent science et religion sous la même bannière, dans leur quête de théories de l’évolution plus intégratives. Cette pensée du processus est parfois comparée aux doctrines bouddhistes du flux et du changement ; mais en adoptant une perspective occidentale de l’évolution comme cadre de base, elle dépasse le paradigme religieux pré-moderne qui considère notre univers comme statique aussi bien physiquement que spirituellement. Profondément rationnelle et satisfaisante pour l’esprit post-traditionnel, elle pose des fondements solides pour une nouvelle théologie de l’évolution adaptée au 21e siècle. Le VRAI débat sur l‘évolution OUVRAGES DE REFERENCE Procès et Réalité : essai de cosmologie (Whitehead, 1929/1995) The Liberation of Life (Birch & Cobb, 1981) Omnipotence and Other Theological Mistakes (Hartshone, 1984) Quand la Science rencontre la Religion (Ian Barbour, 1997/2005) Religion and Scientific Naturalism (Griffin, 2000) INFLUENCES Charles Sanders Peirce (1839–1914) William James (1842–1910) Samuel Alexander (1859–1938) Henri Bergson (1859–1941) Alfred North Whitehead (1861–1947) Charles Hartshorne (1897–2000) AUTEURS NOTOIRES Charles Birch John Cobb Roland Faber David Ray Griffin William E. Kaufman Nicholas Rescher Marjorie Hewitt Suchocki « Il n’y a pas de Dieu sans un monde, de même qu’il n’y a pas de monde sans un Dieu. Nous ne pouvons concevoir le début ni de l’un ni de l’autre. » John Cobb 46 éveil & évolutionOUVRAGES DE REFERENCE L’Évolution créatrice (Bergson, 1907) Le Phénomène humain (Teilhard, 1955) L’esprit, cet inconnu (Jean E. Charon, 1977) The Dream of the Earth (Berry, 1988) The Universe Story (Berry & Swimme, 1992) God’s Ecstasy (Bruteau, 1997) Conscious Evolution (Hubbard, 1998/2000) God After Darwin (Haught, 2000) Teilhard de Chardin prophète d’un Christ toujours plus grand (Gustave Martelet, 2005) INFLUENCES Ralph Waldo Emerson (1803–1882) Henri Bergson (1859–1941) Alfred North Whitehead (1861–1947) Sri Aurobindo (1872–1950) Pierre Teilhard de Chardin (1881–1955) Julian Huxley (1887–1975) AUTEURS NOTOIRES Thomas Berry Beatrice Bruteau Jean E. Charon Michael Dowd John Haught Gustave Martelet Barbara Marx Hubbard Ursula King Brian Swimme Mary Evelyn Tucker CE QU’ILS DISENT… Les Evolutionnistes Conscients ont beaucoup en commun avec les Intégralistes et les Philosophes du Processus. Cependant, ils manifestent une particulière allégeance à l’un des plus extraordinaires visionnaires du 20e siècle, le paléontologue et théologien jésuite, Pierre Teilhard de Chardin. Teilhard voyait l’évolution du cosmos comme un processus entrelacé, à la fois physique, psychique et spirituel. Selon lui, la loi fondamentale de ce processus est la loi de complexité-conscience. Toute chose, disait-il, depuis la plus petite particule élémentaire jusqu’à l’être humain le plus sophistiqué, possède deux dimensions, externe et interne, qui évoluent de concert ; à mesure que la matière se complexifie, la conscience devient plus profonde. Comme l’explique le cosmologue Brian Swimme, cette loi définit la vaste trajectoire en temps cosmique d’un univers qui « commence avec la matière, se développe en vie, se développe en pensée, se développe en Dieu. » Dans la mesure où la pointe créatrice de l’évolution émerge maintenant à travers des domaines de la conscience et du mental de plus en plus intégrés, ces futurologues spirituels considèrent que le processus d’évolution est devenu un acte de co-création, et que sa poursuite dépend de notre éveil au rôle cosmique et à la responsabilité uniques qui accompagnent le don de la conscience de soi. En d’autres termes les frontières du développement évolutif ne se situent plus dans les confins de l’espace ou dans les chaudrons atomiques des étoiles mais en nous- mêmes et entre nous, dans la conscience et dans la culture humaines. CE QUE CELA SIGNIFIE… D’Al Gore à Mario Cuomo à Christian de Duve à Marshall McLuhan, Pierre Teilhard de Chardin a inspiré toute une génération, qui a pris la relève de la notion d’évolution consciente de diverses façons. On fait notamment souvent usage de son concept de noosphère – une sorte d’esprit planétaire émergent, constitué de toute la sphère de la pensée, la culture et la technologie humaines – que l’on a assimilé, entre autres, à une prescience surprenante du phénomène Internet. Aujourd’hui, grâce à des défenseurs tels que Barbara Marx Hubbard, auteur futurologue, « l’évolution consciente » devient l’un des mots d’ordre de la spiritualité contemporaine. Ses tenants ne véhiculent pas toujours la profondeur mystique de Teilhard, mais appellent à une compréhension toujours plus intégrative, scientifiquement et spirituellement, de l’évolution : comme « lumière illuminant tous les faits, une courbe que toutes les lignes doivent suivre », pour reprendre la célèbre formulation de Teilhard lui-même. Moins focalisés qu’Aurobindo et les Intégralistes sur la transformation individuelle, et moins inspirés par la notion orientale de l’Éveil que par les idéaux chrétiens de rédemption et de communauté, les Evolutionnistes Conscients mettent l’accent sur l’évolution à venir de l’humanité et sa marche vers une conscience collective plus éveillée. Le VRAI débat sur l‘évolution Nous vivons dans un cosmos inachevé, et son futur développement dépend de nous, de notre volonté de participer activement à l’évolution de la conscience. Les Évolutionnistes Conscients 11 IDEE CENTRALE « L’extase de Dieu crée le monde, et l’extase du monde réalise Dieu. Et nous sommes en plein milieu. » Beatrice Bruteau Le Grand Récit La conception du Grand Récit, embrassant toute l’épopée de l’évolution cosmique pour en faire le récit mythique moderne de la création, est une bouture, à composante plus écologique, de la vision téléologique transcendante de Teilhard de Chardin. Elle est inspirée par le théologien écologiste Thomas Berry, qui fut lui-même profondément influencé par le Père Teilhard. Il lui a cependant reproché d’être trop anthropocentriste, trop centré sur le christianisme et exagérément optimiste en ce qui concerne le progrès. Cette nouvelle pensée religieuse gagne du terrain à la suite de penseurs tels que Brian Swimme, Mary Evelyn Tucker, Michael Dowd et Connie Barlow. LE SAVIEZ-VOUS ? 47 numéro quatreL’évolution est un processus holiste qui comprend deux dimensions de la réalité, objective et subjective. Tout comme elle se déploie à l’extérieur vers des formes de plus en plus de complexes, l’évolution se déploie à l’intérieur vers une conscience de plus en plus de profonde. Les Intégralistes 12 IDEE CENTRALE CE QU’ILS DISENT… Si le terme « intégral » se répand de nos jours dans diverses directions, son concept original remonte au début du 20e siècle. À l’époque, trois personnes ont commencé à utiliser ce terme par rapport à la nature et à la direction de l’évolu- tion humaine : le sage indien Sri Aurobindo, le philosophe allemand Jean Gebser, et le sociologue de Harvard, Pitirim Sorokin. Le qualificatif « intégral » repré- sentait une perspective unifiée incorporant diverses vues partielles de la réalité en une conception holiste de la connaissance humaine. À cet égard, le but des Intégralistes n’est pas tant une nouvelle théorie de l’évolution qu’une perspective plus large qui puisse intégrer effectivement les théories disparates existantes, spirituelles comme scientifiques, en une représentation cohérente de l’ensem- ble du processus évolutif. Plus que des synthèses, ils proposent une sorte de méta-théorie radicalement inclusive, qui peut voir de la vérité partout – depuis la focalisation sur le gène des Néo-darwinistes jusqu’aux intuitions mathématiques des Théoriciens de la Complexité en passant par la créativité des Philosophes du Processus –, mais qui s’efforce de fournir un plus grand contexte permettant de voir les relations entre ces nombreuses perspectives de l’évolution. Certains Intégralistes à la suite de Gebser sont plutôt concernés par l’évolu- tion culturelle, tandis que d’autres s’intéressent davantage à l’œuvre d’Aurobindo qui a intégré le concept d’Éveil individuel dans son schéma de l’évolution. Certains suivent la ligne de Ken Wilber en essayant d’intégrer dans leur cadre théorique aussi bien les stades psychologiques de développement que les états de cons- cience mystiques, avec l’idée, comme l’explique Allan Combs, que « le développe- ment individuel anticipe l’avenir évolutif de l’ensemble de l’espèce humaine ». CE QUE CELA SIGNIFIE… Les Intégralistes contemporains doivent beaucoup au travail magistral de Ken Wilber, qui a pratiquement à lui seul relancé le terme « intégral », et a contribué à poser l’évolution comme contexte fondamental dans lequel nous pensons non seulement la physique et la biologie mais encore la culture et l’ensemble de la vie humaine. Comme les Evolutionnistes Conscients et les Philosophes du Processus, les Intégralistes recherchent une synthèse supérieure et une intégration plus pro- fonde de la science et de la spiritualité. Dans ce champ relativement nouveau, il y a de nombreuses intersections avec d’autres courants de pensée évolutifs, et il existe même des controverses sur ce que signifie exactement le terme « intégral ». Ce qui est certain, c’est que le dialogue contemporain concernant l’évolution manque sérieusement de points de vue plus élevés offrant une perspective plus englobante, qui nous permette de tamiser la cacophonie des voix et des théories en compétition, afin de recadrer le contexte du débat et retenir ce qui éclaire le plus largement notre compréhension de l’évolution. Les Intégralistes sont en bonne place pour jouer ce rôle en se faisant l’écho d’une partie des frictions de la bataille culturelle, tout en apportant d’importantes clarifications. Le VRAI débat sur l‘évolution OUVRAGES DE REFERENCE La Vie divine (Aurobindo,1947) The Ever-Present Origin (Gebser, v. 1950) Une brève histoire du tout (Wilber, 1997) Self and Society (Thomson, 2004) The Radiance of Being (Combs, 1995) INFLUENCES Georg W. F. Hegel (1770–1831) Friedrich W. J. Schelling (1775–1854) Henri Bergson (1859–1941) James Mark Baldwin (1861–1934) Alfred North Whitehead (1861–1947) Sri Aurobindo (1872–1950) Pierre Teilhard de Chardin (1881–1955) Jean Gebser (1905–1973) Clare Graves (1914–1986) AUTEURS NOTOIRES Don Beck Allan Combs Robert Godwin Sally Goerner « L’évolution va au-delà de ce qui a précédé, et parce qu’elle doit embrasser ce qui a précédé, alors sa nature même est de transcender et inclure : ainsi elle comporte par nature une direction, un élan secret, vers plus de profondeur, vers plus de valeur intrinsèque, vers plus de conscience. » Ken Wilber George Leonard Michael Murphy William Irwin Thompson Ken Wilber 48 éveil & évolution