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Don Beck - Une nouvelle conscience pour un monde en crise - [Visionneuse]
Du SIDA en Afrique à la guerre en Irak, Don Beck apporte un éclairage surprenant sur les forces culturelles à l‘oeuvre dans les crises actuelles.
voix du futur valeurs et visions d‘une nouvelle culture globale Don Beck Fondateur de L’Institute of Values and Culture (l’Institut des Valeurs et de la Culture) et du Spiral Dynamics Group (Groupe de la Dynamique en Spirale), Don Beck est aussi fondateur associé du Intégral Institute (« l’Institut Intégral » : prônant une philosophie de l’existence intégrant tous ses niveaux) de Ken Wilber et co-fondateur du National Values Center (Centre National des Valeurs) à Denton, Texas. Une nouvelle conscience pour un monde en crise Militant géopolitique, Don Beck apporte un nouvel éclairage aux plus grands défis mondiaux. Par Jessica Roemischer Lorsque Don Beck aborde les questions humaines les plus urgentes, il fait preuve d’une perspicacité intuitive désarmante pour dénouer des situations apparemment inextricables. Il a développé et répandu une grille d’interprétation nommée Spiral Dynamics – « La Dynamique en Spirale », c’est-à-dire la spirale de l’évolution –, l’un des modèles les plus pertinents de l’histoire et des processus du développement culturel. Les trente ans de carrière de Beck l’ont conduit des conseils d’administration de grandes entreprises, aux bureaux du gouvernement et aux écoles des quartiers défavorisés. Plus remarquable, pendant dix-huit ans, il a séjourné en l’Afrique du Sud, et s’est engagé inlassablement à favoriser la transition pacifique au sortir de l’apartheid. N’hésitant pas à prendre de grands risques pour sa sécurité, il a ouvert des voies de communication entre les camps opposés, dans le contexte extrêmement sensible et polarisé des divisions raciales. En proposant une vision du futur après l’apartheid au gouvernement de Klerk, il a joué un rôle déterminant dans la décision de libérer Nelson Mandela. Au printemps 2004, Beck a fondé le Copenhagen Center for Human Emergence (CCHE) [Centre de Copenhague pour l’Émergence Humaine] – la première institution publique dédiée à ce nouveau paradigme, porteur de solutions -écrivant ainsi le prochain, et peut être le plus significatif, chapitre de son travail. La conviction persistante de Beck est que nous devons comprendre la façon fondamentale dont les différentes cultures, et individus, pensent les choses et hiérarchisent les valeurs. C’est alors seulement que nous pourrons traiter à leurs racines les causes de fragmentation et de conflits sociaux, et créer une forme de gouvernance globale pour favoriser l’émergence d’une nouvelle société au 21e siècle. Eveil & Evolution : Pourquoi pensez-vous que les anciens modèles de gouvernance globale ne sont plus adéquats pour aborder les problèmes et les défis auxquels nous sommes confrontés ? Don Beck : Depuis l’aube de la civilisation il y a cent mille ans, les humains ont migré à travers îles, continents, chaînes de montagnes, steppes, déserts et autres accidents de terrain, arrivant même à s’affranchir de la gravité terrestre. Nous avons formé des clans, des tribus, des ordres religieux, des entreprises, et des communautés égalitaires. Nous sommes maintenant plus de éveil & évolution VOIX DU FUTUR 6 milliards d’individus, et alors que nous sommes culturellement plus fragmentés que jamais, nous sommes aussi plus connectés. Tout est plus global et local – partout. Néanmoins, les modèles de gouvernance mondiale que nous avons, tels que la Société des Nations, les Nations Unies, la Banque Mondiale, le Fond Monétaire International et d’autres n’ont simplement pas la complexité de compréhension pour traiter la fragmentation à laquelle nous sommes confrontés. En résumé, nos problèmes d’existence sont devenus plus complexes que les solutions que nous avons à notre disposition pour y répondre. Alors qu’en surface, il semble souvent que les conflits soient tribaux ou impliquent des empires rivaux, ou des idéologies, ou même des intérêts nationaux concurrents, les questions réelles résident dans les conceptions du monde sous-jacentes – les dynamiques humaines plus profondes qui peuvent différer considérablement d’une culture à l’autre. C’est cette dynamique culturelle sous-jacente qui détermine les actions et les choix que nous faisons, la façon dont nous vivons, la formation des cultures et les raisons de leurs oppositions. E&E : Pouvez-vous donner un exemple de la manière dont percevoir les différences fondamentales entre diverses approches culturelles pourrait changer notre perspective et ainsi nos méthodes pour tenter de résoudre les problèmes mondiaux ? Don Beck : Les questions autour du monde arabe et musulman nous montrent qu’il y a des structures de pensées et de valeurs très différentes dans les diverses parties du monde et que si nous ne savons pas comment gérer cette réalité, elle reviendra nous hanter. C’est déjà le cas. Par exemple, nous sommes allés en Irak avec un présupposé désastreux, originaire de la Maison Blanche et fondé sur la démocratie multipartite et le libre marché, dans laquelle chaque personne est un individu libre et indépendant qui agit pour lui-même. Nous présupposons que toute personne dans le monde est comme nous. Et donc nous sommes entrés en Irak, persuadés que la démocratie serait bien accueillie là-bas, que toute personne, quelle qu’elle soit, pourrait devenir ce qu’elle voudrait et qu’elle le ferait si on lui en donnait l’opportunité. Ceci ne tenait pas compte du fait qu’est encore très, très implantée dans le monde musulman une conception du monde tribale qui donne une importance primordiale à la famille étendue et au mariage entre cousins. Parce que ces cultures sont issues de fortes enclaves tribales et de royaumes despotiques, le népotisme est presque un devoir civique. Même aujourd’hui, les pays arabes ne sont pas réellement des États nations et sont très loin d’être des démocraties. Les « peuples des sables » n’ont pas encore développé les infrastructures qui peuvent supporter un système un-homme-une-voix/règle-de-majorité. Je veux dire qu’il est simplement insensé de penser que cela ait la moindre chance de réussir. Dans le même temps, l’argent du pétrole, déversé dans ces royaumes familiaux tribaux par l’Occident, a immensément profité aux lignages des familles royales. Et ceux qui n’en ont pas bénéficié sont devenus les « Arabes de la rue » et c’est de là que vient la colère. La source réelle du terrorisme réside donc dans les fraternités qui partent à l’assaut du système en place, du patronage et de l’héritage familial de l’ordre ancien. Cet ordre a gardé le commun des mortels à l’écart du butin et il garde cinquante millions d’hommes arabes dans le piège de royaumes archaïques. Et ces fraternités terroristes sont des réseaux, par opposition aux régiments d’une armée. Lâcher des bombes sur eux va donc simplement étendre le problème. E&E : Vous avez aussi appliqué cette perspective à la pandémie du SIDA en Afrique, une autre crise mondiale majeure. Pouvez-vous nous parler de cela ? Don Beck : La pandémie du SIDA compte parmi les plus grands désastres humains auxquels nous sommes confrontés. Dans le seul Zimbabwe, l’espérance de vie a chuté à trente-trois ans à cause d’une proportion de HIV parmi les plus élevées du monde, avec, si on ne compte pas les personnes âgées, un adulte sur trois infecté par le virus. Alors que la campagne pour réduire le HIV en Afrique tend à se focaliser plus sur les aspects médicaux de la pandémie, elle ignore quasiment les dynamiques culturelles qui ont, pour une grande part, créé cette situation. La pandémie de SIDA en Afrique est, dans une large mesure, le résultat de pratiques sexuelles qui peuvent être mieux appréhendées en termes de dynamiques sousjacentes de conceptions du monde – c’est ce que nous appelons des systèmes de valeurs, en l’occurrence, le système tribal du côté des femmes et le système égocentrique du côté des hommes. Ces ma-Des solutions entièrement nouvelles surgiront de la crise, nous devons presque régénérer nos tissus cérébraux pour atteindre de nouveaux niveaux de pensée. nières de penser ne sont pas spécifiquement africaines et elles ne sont pas propres aux Noirs ; elles n’ont rien à voir avec la génétique ou la géographie. Ce sont des structures de valeurs. Dans le système tribal, les femmes veulent donner naissance à un grand nombre d’enfants car c’est leur forme de sécurité sociale, ainsi, elles enchaînent les grossesses et souvent attrapent le SIDA de leurs maris dans la foulée. Elles savent que beaucoup de leurs enfants vont mourir, mais leur garantie de survie est d’avoir des enfants pour s’occuper d’elles lorsqu’elles seront âgées. D’un autre côté, dans le système égocentrique, les hommes sont poussés par un besoin profond de prouver leur virilité et donc, pour eux, avoir le SIDA est signe de leurs prouesses, preuve qu’ils ont probablement couché avec de nombreuses femmes et n’utilisent pas de préservatifs. Et pour accentuer encore cette tendance, la superstition est très présente dans ces deux systèmes de valeurs. Il y a une croyance courante, par exemple, que le SIDA peut être guéri si on a des relations sexuelles avec une vierge – c’est pourquoi les viols d’enfants et de bébés sont particulièrement fréquents en Afrique du Sud. numéro trois VOIX DU FUTUR Nelson Mandela, Thabo Mbeki et les nombreux Européens qui sont allés en Afrique ne parlent pas de ces sujets par peur d’être taxés de racisme. Mais ce sont là justement des exemples essentiels de ce dont il faut absolument parler. Envoyer des cocktails médicaux n’est pas suffisant ; cela ne fera peut-être qu’accentuer le fléau si ces dynamiques culturelles ne sont pas prises en considération. Pourquoi ? Parce que, dans le contexte de ces systèmes de valeurs, les médicaments sont perçus comme des remèdes magiques instantanés. Ainsi, les gens pensent : « Si je peux obtenir ce remède magique, je n’aurai pas à changer mon comportement. » Donc, sans la connaissance de la culture, la compréhension des systèmes de valeurs ou des visions du monde, les millions ou milliards de dollars que nous dépensons dans cette crise n’entament pas les véritables dynamiques qui sont à l’origine de la pandémie. E&E : Voyez-vous des signes, en politique, dans les affaires, ou ailleurs, de la reconnaissance que nous devons commencer à chercher d’autres formes de solutions ? Don Beck : Une conversation que j’ai eue avec la Très Honorable Baronne Amos à l’International Development Office [Bureau International du Développement] du gouvernement de Tony Blair indique qu’ils cherchent une approche totalement nouvelle pour favoriser le développement du Tiers Monde. Ils ont conclu que les solutions doivent venir du sein même des gouvernements locaux plutôt que des agences d’aide extérieures. Il ne s’agit pas seulement de résoudre la crise du SIDA, cela va bien plus loin. Le Dé-La planète entière est devenu un creuset où le feu des conflits, les menaces venant d’événements imprévus et potentiellement catastrophiques, et la grande rapidité de changement se combinent pour former des niveaux de turbulence encore plus dangereux que le réchauffement de la planète. partement d’État américain et le gouvernement Blair sont en train de revoir leurs commissions africaines, en se demandant d’abord pourquoi elles n’ont pas fonctionné. D’autres grandes fondations se posent la même question. Le Département d’État américain a lancé une nouvelle initiative africaine où les pays doivent concourir pour recevoir de l’aide ; ils doivent faire preuve d’un seuil de responsabilité pour être habilités à recevoir de l’assistance. Auparavant, nous leur faisions simplement un chèque, par culpabilité, par charité, ou pour un autre motif comme l’anti-communisme. Mais maintenant, il y une bascule vers une attente ou une exigence que ces pays atteignent un certain niveau de responsabilité au plan économique, politique et social avant de pouvoir être qualifiés pour recevoir l’argent. Ils doivent mettre leur maison en ordre. La plus haute expression d’humanité n’est pas d’étiqueter les autres comme victimes mais de créer la perspective, les moyens et les ressources pour leur permettre de se développer par leurs propres efforts, et d’évoluer par eux-mêmes à travers les niveaux de développement culturel. À travers la compréhension de la dynamique culturelle de ces pays, nous avons besoin de leur montrer les voies par lesquelles ils peuvent et ils doivent évoluer et se développer pour pouvoir bénéficier de l’aide. E&E : Dans les exemples que vous donnez, vous nous faites comprendre clairement que si nous n’envisageons pas une nouvelle perspective et si nous ne mettons pas en pratique de nouveaux types de solutions, nous pourrions –en dépit de nos bonnes intentions- involontairement exacerber les problèmes mondiaux qui pourraient en fin de compte nous submerger. Don Beck : La planète entière est devenu un creuset où le feu des conflits, les menaces venant d’événements imprévus et potentiellement catastrophiques, et la grande rapidité de changement se combinent pour former des niveaux de turbulence encore plus dangereux que le réchauffement de la planète. Mais, lorsque les choses vont suffisamment mal, des solutions émergent du milieu. Des solutions entièrement nouvelles sortiront de la crise. En un sens, nous devons presque régénérer nos tissus cérébraux pour atteindre de nouveaux niveaux de pensée. C’est arrivé déjà à sept reprises dans l’histoire de l’humanité et nous n’avons aucune raison de croire que cela n’arrivera pas maintenant, mais personne ne sait ce que cela va exiger de nous. C’est ce qui peut nous donner de l’optimisme, mais aucune garantie. Ce sont les crises et l’échec de nos solutions actuelles, qui créent le terrain pour l’émergence du nouveau. En réalité, nous sommes six milliards à passer à travers différents niveaux de conscience et de développement culturel, chaque étape exigeant différents modèles politiques et économiques, diverses expressions de religion et de spiritualité et des approches éducatives, des systèmes de santé et de développement communautaires faits sur mesure. Des cultures entières entrent dans de nouvelles zones de développement et nous pouvons les aider à émerger, nous pouvons les aider à créer leur propre capacité d’auto-subsistance. Mais nous avons besoin d’une pensée à trois dimensions et de vraies solutions sur le terrain pour accorder le Nord et le Sud, pour briser les frontières raciales et créer des situations gagnant-gagnant. C’est pour cela que les deux mots clés dans mon travail et dans mon nouveau Centre, sont « humain » et « émergence ». Car, finalement, ce que nous essayons de faire, c’est de créer de meilleures voies de survie pour les six milliards de terriens. C’est l’ultime question – la santé de l’ensemble, fondée sur une compréhension de la complexité et de l’émergence humaines. C’est de cette manière que nous développons la prochaine étape au-delà de la Société des Nations et des Nations Unies. Je me rends bien compte que cette aventure est d’une immense portée, mais telle est la nature des grands changements de paradigme dans notre culture. SuPPLéMentS InteRnet : Pour plus d’informations en anglais, visitez wie.org/spiraldynamics ou voir le Hors série en français sur la Spirale de l’évolution disponible à EnlightenNext Paris. éveil & évolution
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